Band 
Tome I.
Seite
634
JPEG-Download
 

631

QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXI11.

L’Espagne, et même l’Espagne libre, a recommencé les mêmes sottises,tant les hommes savent peu profiter de l’expérience !

En France, on a attribué le déclin de quelques-uns nos de ports de merà la perte de la plupart de nos colonies. Mais ce n’est pas cette perte quia porté un coup funeste aux villes de Bordeaux et de Nantes, ainsi qu’onl’a tant répété : c’est la guerre, c’est une guerre prolongée et insensée ;c’est le système colonial qui a nui à nos exportations et à nos importationsavec toutes les parties du monde 1 ; ce sont aussi les avances considérableset inconsidérées que ces villes faisaient à des colons peu économes. Elles11e leur prêtaient pas seulement le montant des marchandises qu’elles re-cevaient en consignation, jusqu’au moment où elles se remboursaient parla vente, ce qui aurait été tout simple ; elles leur prêtaient sur l’hypothèquede leurs habitations et de leurs nègres ; c’est-à-dire qu’elles les aidaient àmanger leurs fonds et à se ruiner 2 . De sorte que, si la perte des colonies

' Voici des renseignements que je me suis procurés dans un de nos ports demer :

« Nos armateurs se plaignent beaucoup du système colonial : ils ne peuventdiriger leurs armements que vers un petit nombre de points; si quelques naviress’y rencontrent ensmble,ils ne peuvent y trouver de fret; tandis qu’avec un com-merce libre, s’ils ne trouvaient pas de fret dans un endroit, ils iraient dans unautre. Les effets de la rareté ou de la surabondance des marchandises, soit dela colonie, soit d’Europe, se font vivement sentir sur d’aussi petits marchés quenos îles; ce qui rend toute espèce de spéculation hasardeuse et souvent ruineuse.Ees colons de leur côté se plaignent de manquer fréquemment, soit de vivres,soit d’autres articles qu’ils ont à leurs portes; et à chaque instant le gouverne-ment est obligé de déroger au système de prohibition qu’il suit à légard du com-merce étranger, en sorte que le commerce français est dans une continuelleincertitude relativement à ce qu’il doit entreprendre. Le système colonial estsi mauvais, qu’il ne satisfait ni la métropole, ni la colonie. La seule classe desagents du gouvernement y trouve des avantages par la multitude d’emplois quitiennent à ce régime, et par les gains souvent illicites qu’il leur procure. Cesont les producteurs et les consommateurs qui paient tout cela. »

2 L’empereur Napoléon, qui aimait l’exercice de la force et du pouvoir, aécouté les suggestions des gros négociants des ports de mer, lorsqu’il a entre-pris, contre Saint-Domingue, la déplorable expédition de 1802. Il admettait aunombre de ses conseillers ces mêmes négociants qui rêvaient les moyens derentrer dans le gage qui leur avait échappé. Bonaparte appelait cela suivre les