DE LA COMPAGNIE DES INDES D’ANGLETERRE.
651
gnera; car elle n’est pas complète dans les provinces qui ne sont pas en-core administrées immédiatement par les Anglais.
Le siège du gouvernement suprême est à Calcutta. On y voit tous lesétablissements que réunit ordinairement la capitale d’un grand empire;beaucoup de fonctionnaires civils, militaires, judiciaires, et beaucoup deriches Européens, qui ont, pour leur propre compte, des relations de com-merce avec les autrespaysdeTAsieetdel’Europe.LesEuropéens y sontengénéral logés dans des édifices somptueux et y déploient un faste asiatique.Ils imitent les riches Indous et les surpassent en luxe. La population deCalcutta s’élève, dit-on, à 6 ou 700,000 habitants, pour la plupart Indous,fabricants et petits marchands qui habitent des espèces de chaumières.Elle se compose encore de valets et de porteurs de palanquins, qui sonttrès nombreux et que leur sobriété rend peu coûteux.
Telle est la situation de la compagnie dans l’Inde. Mais, dans scs rap-ports avec la métropole, on ne peut la considérer que comme l’intermé-diaire de la domination du gouvernement anglais sur cette partie du monde.À mesure qu’elle a étendu son autorité et ses impôts, le gouvernementanglais y a prétendu sa part, quoiqu’elle ait toujours payé les forces mili-taires que le gouvernement a mises à sa disposition. Il se regarde commeinvesti des droits de la souveraineté, et par conséquent de celui de leverles tributs, quoiqu’il abandonne pour un temps l’exercice de ces droits àla compagnie. Dès 1769, lorsque les conquêtes de lord Clive eurent faitd’une société de commerce une véritable puissance, il fut convenu que lacompagnie paierait annuellement au gouvernement 10 millions; maisjamais ces paiements ne furent réalisés que très imparfaitement, sous leprétexte des dépenses que la compagnie était obligée de faire pour réduireles princes indépendants ; tellement qu’en 1773, loin de pouvoir payerquelque chose sur les revenus de sa souveraineté aux Indes, elle fut obli-gée d’emprunter au gouvernement, ou plutôt à la nation, sous la garantiedu gouvernement, 35 millions. En 1785, elle demanda du terme pour ac-quitter les droits de douane qu’elle devait à la trésorerie anglaise, et quise montaient à des sommes considérables. En 1812, le gouvernement em-prunta encore pour la compagnie 62 millions.
Tous ces embarras et d’autres causes dans lesquelles il est inutile d’en-trer, ont mis graduellement la compagnie dans l’entière dépendance duministère britannique. Ses directeurs, qui siègent à Londres, ont l’aird’administrer, par leurs agents, les domaine de la compagnie, parce que