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Tome II.
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CINQUIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIII.

tion de connaissances nouvelles, que d’employer huit années à lui faireapprendre ce qu’elle pourrait savoir en deux ans. Les arts et les sciencesqu’elle n’acquiert pas sont un capital dont on la prive. Six années d’étudeinutilement employées sont un capital aussi follement sacrifié que si on lejetait au feu ou dans la rivière.

Dans l’école qui fonde les déductions de l’économie politique sur desabstractions, on insiste trop sur ce principe que l’industrie est bornée parl’étendue des capitaux, et n’est bornée que par eux. Il y a des industriesqui peuvent s’exercer avec infiniment peu de capitaux, et qui peuvent semultiplier infiniment. Une foule de petits arts n’exigent pour toute avanceque les consommations qui se prennent sur les revenus habituels. Dansbeaucoup de campagnes industrieuses, on fabrique des toiles, des dentelles,des clous, des mouvements d’horlogerie, etc., qui n’exigent presque aucuneavance pécuniaire de la part de ceux qui les exécutent ou de ceux qui lescommandent. Dans ces lieux-là on ne peut assigner aucun profit pourl’entrepreneur à raison de son capital. Et d’un autre côté un pays renfermeune immense quantité de petits capitaux inoccupés que les circonstancesmettent en lumière.

Je n’en veux pour preuve que les contributions accidentelles auxquellesun pays peut être exposé sans altérer sensiblement sa production. 11 semblequ’un peuple rachète par l’activité de son travail les sommes capitales quiviennent à lui manquer par accident. Dans les coalitions contre Bona-parte , les nations liguées semblaient n’avoir point d’argent ; elles four-nissaient avec une apparente difficulté les contributions imposées parleurs princes pour soutenir ces guerres, et les princes se trouvaient con-traints de se mettre à la solde de l’Angleterre. Bonaparte fit l’invasion dela Prusse en 1806; il la garda jusqu’en 1812, et ses agents surent en tirerdes sommes considérables. La Prusse fut-elle ruinée? non, car en 1814et 1815, lorsqu’il fallut marcher contre celui qui l’avait opprimée, elletrouva le moyen d’équiper à ses frais une nouvelle armée plus considérablequ’aucune de celles qu’elle eût jamais mises sur pied. Ses capitaux indus-triels furent-ils épuisés par tant d’efforts? Probablement que non ; car sonindustrie n’a jamais plus prospéré que depuis celte époque.

La France fut à son tour mise à contribution en 1815 par les nationscoalisées ; elle leur paya trois milliards ; et, avant qu’aucune accumulationimportante eût eu le temps d’être faite de nouveau, jamais plus de capi-taux ne furent consacrés à l’industrie que depuis ce moment. Ils ont ététellement abondants, que l’on a vu à la banque de-France, pendant plu-