S-4 CINQUIÈME PARTIE. - CHAPITRE XVI.
chose que Ton prête plutôt que telle autre ; c’est une valeur disponible, etqui réside dans des matières quelconques ; pour la prêter, on vend cesmatières ; on transforme leur valeur en écus, afin de la transmettre plusaisément à l’emprunteur, qui transforme à son tour la même valeur entoutes les choses dont il a besoin. Or, c’est la quantité, la somme de toutesces valeurs à prêter, sous quelque forme qu’elles s’offrent, qui composentles capitaux disponibles, et qui influent sur le taux de l’intérêt, touteschoses étant d’ailleurs égales, c’est-à-dire, comme je viens de le dire,qu’avec un état donné de l’industrie, l’intérêt baisse lorsque les valeurscapitales disponibles sont considérables et hausse quand elles deviennentrares.
Je sollicite, messieurs, votre attention sur celte matière, qui n’a jamaisété bien entendue, même des capitalistes et des gens à argent, qui sonttrès portés à confondre l’abondance du numéraire avec l’abondance descapitaux, tandis que, dans la réalité, l’abondance du numéraire n’influeque sur la valeur d’échange du numéraire contre les autres marchandises(c’est-à-dire, sur le prix en argent des marchandises), sans influer lemoins du monde sur le taux de l’intérêt. Pendant les assignals^la monnaieétait, certes, fort abondante, puisqu’ily en avait pour 46 milliards; et voussavez fort bien que cela ne fit pas baisser le taux de l’intérêt.
Il y a ici une autre considération qu’il ne nous est pas permis de né-gliger, mais que je ne ferai que rappeler, parce que j’en ai dit quelquechose dans un des chapitres précédents : c’est la considération des loca-lités. Les capitalistes n’aiment pas à placer leurs capitaux hors de la portéede leur inspection immédiate; j’entends ceux qui sont purement capita-listes, et qui ne font point eux-mêmes d’opérations commerciales. Il enrésulte que les capitaux sont plus abondants là où les gens riches affluent;et comme les ressources et les agréments des grandes villes les y fontaffluer, c’est dans les grandes villes qu’il y a le plus de capitaux à prêter.C’est en partie pour cette raison qu’on voit s’y former les grandes compa-gnies de finance, les caisses d’escompte, les associations d’assurances, detontines et d’autres encore.
C’est sous ce rapport qu’on peut dire que de bonnes routes, de bonschemins de traverse peuvent faire baisser le taux de l’intérêt en favorisantle placement des capitaux. Un homme à argent sera plus coulant sur sesavances, s’il peut aller promptement et à bon marché dans un lieu pourlequel on lui en demande. S’il s’agit d’exploiter une mine de houille, ilpourra plus aisément voir si la houille est abondante et bonne, si les débou-