85
CAUSES QUI IINFLUENT SUR L’INTÉRÊT.
chés sont assurés, si l’entreprise est bien conduite. Les directeurs pourrontplus souvent rendre compte de l’étal de l’affaire. Bref, la facilité des com-munications rapproche les distances; et si toute la France était tellementrapprochée, qu’elle tînt tout entière dans Paris, toute la France partici-perait aux capitaux abondants qui sont accumulés dans celle capitale.
L’industrie, ainsi que nous l’avons remarqué en traitant de la produc-tion, est susceptible de s’étendre, de s’accroître en proportion des capi-taux dont elle peut disposer; mais n’y a-t-il aucune borne à cette exten-sion ? Les particuliers riches ne peuvent-ils pas amasser des capitaux telle-ment considérables, que les capitaux se multiplient au point d’excédertous les besoins de. l’industrie?
La réponse à cette question ne saurait être simple et positive. Les éco-nomistes abstraits, sur le fondement que les produits peuvent se multi-plier indéfiniment, et par la raison qu’ils s’achètent les uns par les autres,disent que l’industrie n’est bornée que par l’étendue des capitaux. Dansl’économie pratique les résultats reposent sur des données tellement com-pliquées, qy’ils 11 e sont pas susceptibles d’une solution si absolue.
Les profits que rendent les capitaux employés par l’industrie engagentles hommes à faire des économies sur leurs revenus et à se former descapitaux. Mais à mesure que ces capitaux se multiplient, leurs proprié-taires eu tirent un moindre intérêt, et par conséquent le motif qui porte àles accroître par des économies devient de moins en moins puissant, jus-qu’à ce qu’enfin l’intérêt qu’on en peut tirer est si modique, qu’il est faci-lement excédé par les plus petites jouissances d’utilité ou d’agrément queles possesseurs de capitaux peuvent retirer de leur consommation. C’estce qui fait que, dans les pays où les capitaux sont abondants et l’intérêttrès bas, 011 voit les gens riches satisfaire leurs goûts pour une foule defantaisies qu’ils ne se permettraient pas si les capitaux qu’ils y emploientpouvaient être placés très lucrativement. On m’a parlé d’un Hollandais qui,dans le siècle passé, oùle taux de l’intérêt était fort bas en Hollande, avaitfait construire à la campagne, au milieu d’un jardin chinois, une maisonentièrement dans le goût chinois, dont tous les meubles, sans exception,étaient venus de Chine, d’où ils 11 ’avaient pu être apportés sans beaucoupde frais. Ce grand joujou (car il est impossible de le considérer autre-ment), en supposant qu’il eût coûté cent mille écus, dans un pays où letaux de l’intérêt eût été à 6 pour 100, aurait pris annuellement sur le re-venu de son propriétaire six mille écus ou 18 mille francs pour l’intérêt