Band 
Tome II.
Seite
102
JPEG-Download
 

102

CINQUIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIX.

velle chaque année. Voilà ce que Ton appelle avoir transformé des écono-mies en un capital

Je vous ferai remarquer, en outre, messieurs, que celte valeur capitaleque nous appelons en ce moment améliorations du fonds , par cela mêmequ’elle est de création humaine, est destructible comme tous les capitaux;elle peut se consommer pour le divertissement du propriétaire, ou par sonincurie, ou bien par accident. On peut vendre les matériaux d’une grangeet jouir du produit; on peut la laisser incendier par négligence; on peutlaisser combler avec le temps un fossé de dessèchement. Tout capital,même celui qui a été transformé en améliorations foncières, est consom-mable ; c’est une valeur tirée du néant comme celle de tous les produits,et qui peut y rentrer. C’est, je crois, le seul caractère qui établisse unedifférence entre le fonds de terre et le fonds capital fixé en améliorationssur la terre. Du reste, l’un comme l’autre donnent des produits annuels;ils se louent ensemble ; ils se vendent ensemble, et, dans l’usage ordi-naire , ils sont perpétuellement confondus. Un fermier ne sait pas, dansbien des cas, qu’il paie l’intérêt d’un capital en même temps que le loyerd’une ferme ; ce qui néanmoins est incontestable 1 2 .

Il y a très peu de fonds de terre où ne se trouve incorporée absolumentaucune valeur capitale. Dans presque tous, les propriétaires, ancienne-ment ou récemment, ont fait quelque dépense pour défricher leur fonds

1 C’est une preuve de plus que le capital est un instrument productif par lui-même, et qu’il ajoute réellement aux produits de la terre et de l’industrie. J’enfais la remarque, parce que plusieurs écrivains anglais nient encore que le ca-pital produise des valeurs par lui-même; ils prétendent que ce qu’il y a de pro-ductif dans les améliorations est uniquement le résultat du travail qu’on y a em-ployé. Il est bien évident au contraire que le résultat du travail employé auxaméliorations est la valeur de l’amélioration elle-même, la valeur additionnellequi en est résultée pour le bien-fonds, et que la rente additionnelle qui en sortchaque année est une autre valeur, une valeur nouvelle produite par cettepartie du fonds. Ici, Ton a objecté que le profit de l’amélioration n’est que larestitution de l’entretien qu’exige cette partie du fonds. Autant vaudrait direque le loyer qu’un propriétaire reçoit d’une maison d’habitation n’est autrechose que la restitution des frais d’entretien qu’il fait pour cette maison. L’en-tretien est une déduction à faire sur le montant de ce profit, mais le profit estréel, et le plus souvent excède beaucoup les frais d’entretien.

2 Sans cette considération j’aurais rangé le profit des améliorations du fondsavec le profil des capitaux.