104 CINQUIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIX.
propriété ; car une force naturelle qui ne se fait pas payer, qui est égale-ment à la disposition de quiconque veut s’en servir, fournit un concoursdont la plus large concurrence empêche qu’on ne puisse se prévaloir.L’homme qui achète une machine à vapeur ne saurait se faire rembourserle poids de l’atmosphère dont il fait usage, car tout autre homme en dis-pose gratuitement aussi bien que lui. Il ne parviendra à se faire rembourserque l’intérêt de sa machine et le combustible qu’il faut consommer pourla faire marcher.
Le privilège dont jouit le propriétaire rend les améliorations foncièrestrès profitables lorsqu’elles sont judicieusement faites, et que les besoinscroissants d’une société progressive en portent les produits à leur plushaute valeur. On m’d cité un bien appartenant à M. Moline, dans le dépar-tement du Gard, et qui a été payé, en 1767, 6,500 francs, ce qui annoncequ’à cette époque il rapportait au plus 325 francs par an. Or, ce mêmebien, après avoir été convenablement cultivé en vignes, a rapporté, en1817, cinquante ans plus tard, 130,000 francs. Faites les corrections né-cessaires pour réduire l’argent de 1817 à sa valeur de 1767; pour réduireune récolte probablement fort bonne à une récolte ordinaire; supposezun très fort capital répandu sur cette propriété; quand ce serait un capitald’un million rapportant 50 mille francs par an, vous auriez encore un pro-digieux accroissement dans le profil obtenu des qualités inhérentes à cefonds de terre lui-même.
Lorsque M. Fellemberg fit l’acquisition de la terre d’Offvvill, en Suisse,où il établit une célèbre école d’agriculture, elle ne rapportait, dit-on,que 300 muids de blé, tandis que sur le même terrain on en recueilleactuellement 3,000, c’est-à-dire dix fois autant. Il est difficile de croirequ’il ait répandu sur ce fonds un capital égal à dix fois son prix d’achat : sison produit a décuplé, il faut donc qu’indépendamment de l’intérêt de sesavances M. Fellemberg ail accru le profit réel résultant des facultés du sol.
Je ne cite des exemples d’améliorations surprenantes qu’avec une sortede méfiance, et je désire que ceux qui m’écoutent ou me lisent remplacent,dans celte occasion, les exemples que je leur propose, par tout autre quiserait plus propre à faire naître en eux une conviction contraire ou pluscomplète. Mon ambition est de faire connaître la nature des données et lesens dans lequel elles agissent : du reste, il faut savoir par soi-même, ettirer des conclusions que puisse avouer la science, c’est-à-dire la connais-sance de la nature des choses.
Quelque séduisants'que soient les projets d’améliorations foncières, ce