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Tome II.
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DU PRINCIPE DE LA POPULATION.

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perde avant d’éclore, quelle que soit la destruction des individus aprèsqu’ils sont éclos, destruction dont ensuite elle paraît s’inquiéter assez peu,il en échappe toujours un assez grand nombre, non-seulement pour con-server l’espèce, mais pour la multiplier au point d’envahir le globe si on lalaissait faire’. Un pied de pavot porte jusqu’à trente-deux mille grains,qui peuvent donner naissance à autant de pieds de pavots. Un orme donnejusqu’à cent mille semences par année. On a compté 342,000 œufs dansune carpe. Un auteur italien, Gregorio Fontana, a calculé que si tous lesgermes d’un pied dejusquiame étaient replantés, il ne leur faudrait quequatre ans pour couvrir la totalité de la terre habitable, et qu’il ne faudraitpas plus de dix ans à une paire de harengs pour que leur postérité remplîtl’Océan, quand même l’Océan couvrirait toute la terre.

Qu’est-ce donc qui manque aux êtres organisés pour multiplier à cepoint ? L’espace et l’aliment. La difficulté n’est jamais pour eux de se mul-tiplier, mais de se procurer les moyens de subsister. Un nombre infini degermes tombent en des endroits où ils ne peuvent prendre aucun dévelop-pement. Parmi ceux qui parviennent à l’état de vie, la plupart ne gran-dissent pas ; mais il y en a toujours assez pour absorber en très peu detemps tous les moyens de vivre qui peuvent leur être offerts.

L’espèce humaine subit à cet égard les lois qui régissent la nature orga-nisée. Si nous écartons toutes les causes qui bornent l’accroissement denotre espèce, nous trouvons qu’un homme et une femme, mariés aussitôtqu’ils sont nubiles, peuvent aisément donner naissance à douze enfantstout au moins. On a vu des femmes en produire jusqu’à trente. Or, douzeenfants qui naîtraient pour remplacer le père et la mère, sextupleraient legenre humain à chaque génération, si chacun d’eux parvenait à l’âge de sereproduire.

L’expérience, à la vérité, nous apprend que la moitié environ des êtreshumains périssent avant l’àge de vingt ans; mais en même temps, que ceuxqui atteignent cet âge ont une probabilité de vie moyenne de vingt-six ans.

1 Le mépris que montre la nature pour la conservation des individus qu’ellelaisse périr par myriades avant le temps, semble s’accorder mal avec le soinqu’elle a voulu que les mères prissent de leur progéniture. Mais qui ne voit quel’insouciance des mères n’aurait pas exposé les individus seulement, mais l’es-pèce? car elle eût exposé la totalité des individus à périr avant l’âge où ils peu-vent pourvoir eux-mêmes à leur conservation et à leur reproduction.