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SIXIÈME PARTIE.
CHAPITRE 1«.
chaque année. Or, une semblable réduction aurait, au bout de peu d’an-nées, été insensible dans l’accroissement de population que la marche dela natüre procurerait à la France.
Une peste plus générale et plus terrible fut celle qui se manifesta dansla majeure partie de l’Europe vers l’année 1348, et qui enleva, disent leshistoriens du temps, le quart des habitants de la France. Admettons cetteproportion probablement très exagérée, et qu’il est impossible de vérifier,et voyons si c’est cette cause qui a influé sur la population actuelle de laFrance. On ne sait pas le nombre d’habitants qu’elle renfermait à cetteépoque; mais, d’après des raisons qui tiendraient ici trop de place, il estimpossible de porter ce nombre à plus de 12 millions, dont la peste enleva3 millions. Il resta donc 9 millions d’habitants après la cessation de cefléau; et, d’après la loi d’accroissement, vingt-six ans plus tard, c’est-à-dire en 1374, ces neuf millions triplés se seraient élevés à 27 millions, etcette peste affreuse n’aurait pas empêché la population sur qui elle avaitexercé ses ravages de doubler en moins de vingt-quatre ans.
Cette même contagion eût-elle été plus terrible encore, n’eût-elle res-pecté que deux personnes nubiles, la population de la France, en suivantla loi naturelle de l’augmentation, serait encore de plus de deux milliardsde personnes. Vous voyez quelle est l’inefficacité de la peste pour main-tenir le genre humain dans les bornes où nous le voyons.
Des épidémies moins graves, telles que la variole, ou petite-vérole, lesfièvres pernicieuses, seraient, à plus forte raison, impuissantes pour bor-ner le nombre du genre humain. D’ailleurs elles sont comprises dans lescauses quelconques qui diminuent de moitié le nombre de personnes quiparviennent à l’àge nubile et qui bornent à 26 ans leur vie commune,causes dont par conséquent nous n’avons pas négligé l’influence.
Nous pouvons faire les mêmes observations sur les famines qui désolentde temps en temps les nations. Quel que soit le nombre qu’elles moisson-nent, les années qui suivent chaque famine seraient plus que suffisantespour remplacer et pour multiplier la population des États. Supposonsqu’une famine fasse périr les 1200 mille personnes que nous avons vu quela population française pourrait produire chaque année; admettons qu’elleenlève le double de ce nombre ; certes ce serait une famine affreuse quecelle qui causerait la mort de plus de deux millions de personnes ; cepen-dant elle ne retarderait que de deux ans l’accroissement naturel de la po-pulation; et comme l’expérience nous apprend qu’on n’éprouve pas defamines, et surtout de famines aussi sévères, une fois en dix ans, il y au-