DU PRINCIPE DE LA POPULATION. 127
rait huit années sur dix où l’accroissement de la population devrait suivrela loi indiquée.
Si ce que je vous dis est vrai de ces trois énormes fléaux, de la guerre,de la peste, et de la famine, ce sera vrai, à plus forte raison, des causesmoins puissantes à réduire le nombre des hommes. — Des épidémies pas-sagères et peu dangereuses, des guerres courtes et peu acharnées, deschertés modérées dans les subsistances, ne contrarieront que faiblementl’essor de la population.
Cependant, cet essor est constamment contenu, puisque, dans les Étatsles plus florissants, la population que, ni les grands, ni les moindres fléauxne sauraient comprimer, est perpétuellement renfermée dans ses limitesbeaucoup plus étroites, qui se resserrent ou s’étendent, mais qu’elle nefranchit point ; or, quelles sont ces limites? Par qui sont-elles posées?
Il est évident, messieurs, que la cause qui retient les populations dansles limites où nous les voyons, ou du moins qui les condamne à un accrois-sement toujours de plus en plus lent, est la borne de leurs moyens d’exis-tence. La tendance des hommes à se reproduire, et leurs moyens de semultiplier, sont pour ainsi dire infinis, mais leurs moyens de subsistersont finis, et il est incontestable qu’on ne saurait exister par-delà.
Tel est en effet le principe fondamental de toute considération"sur la[ population 1 . Les développements qui suivent vous en fourniront la preuve.
I
1 Ce principe a été reconnu de presque tous les publicistes de quelque répu-tation. « Tout individu, dit Steuart (Tome I, page 208 de l’éd. ang.), a naturelle-« ment le désir de se reproduire. Un peuple ne peut pas plus s’empêcher de peu-« pler qu’un arbre de pousser. Mais pour vivre il faut se nourrir; et comme tout
« accroissement a un terme, c’est là que la population s’arrête.C’est une ma-
« ladie politique accompagnée de beaucoup de misères... J’avoue que je ne con-« nais point de remèdes à ce mal. »
Ilerrenschwand s’exprime en ces termes : « La procréation de l’espèce humaine« paraît être sans bornes; sa nourriture au contraire a des limites. Tant que la« procréation n’a pas atteint les limites de la nourriture, l’espèce humaine est« susceptible de multiplication. » (Discours sur la population.)
Malthus a confirmé, par de savantes recherches, les mêmes principes, quin’ont été contestés et vivement attaqués que depuis qu’ils ont été mis hors dedoute; ce qui n’étonnera au surplus que les personnes qui connaissent peu lecœur humain.