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SIXIÈME PARTIE. - CHAPITRE H.
un être dont les sensations sont si délicates et si exaltées, au physique etau moral, deviennent de fort grands malheurs. Qui peut songer sansfrémiraux angoisses de la faim éprouvées par nos semblables ? au dépérissementd’une famille indigente? à des enfants qui, faute de vêlements, faute depropreté, faute de médicaments ou de chaleur, succombent sous les yeuxde leurs parents? aux infortunés que la mort prématurée d’un père, d’unemère, d’un frère, d’un fils, laisse dépourvus de secours? Ces douleurs ducorps et de l’àme seraient bien plus fréquentes encore sans la prévoyance,la prudence de l’homme. Seul entre tous les êtres vivants, il prévoit lessuites d’une multiplication inconsidérée de sa famille; il y met d’avancedes bornes qui sauvent à l’humanité une partie des maux qui, chez desêtres déjà pourvus de vie et de sentiment, accompagnent les destructionstardives. C’est par les effets de celle prévoyance que nous voyons en gé-néral les familles beaucoup moins nombreuses qu’elles ne seraient si l’ons’abandonnait sans retenue aux impulsions de la nature. C’est elle qui rendles mariages d’autant plus rares que la population devient plus nombreuse.
En 1760, la population de l’Angleterre avec le pays de Galles était seu-lement de 6,736,000 âmes, et l’on y contracta 57,848 mariages ; ce qui faitun mariage sur 116 personnes. On sait que la population de l’Angleterrea constamment augmenté depuis celte époque, et qu’en 1821 elle était,non-compris l’Ecosse, selon M. James Cleland, de 12,000,000 d’habitants.Aussi, les mariages ont-ils constamment diminué depuis. En 1770, il n’y
en avait plus qu’un sur. 118 habitants.
En 1780, un sur. 123 dito.
En 1821, un sur. 134 dito'.
Cette réserve, fruit de la prudence, prévient des maux infinis, et pro-portionne plus que toute autre cause la population des États à leur produc-tion. Mais, comme elle-même est commandée par les moyens d’existencede chaque famille, ce sont toujours, en définitive, les moyens d’existencequi bornent la population.
Dans ce qui précède, on a pu remarquer que les obstacles que rencontrel’accroissement naturel de la population sont de deux sortes. Les unsl’empêchent de dépasser les bornes que lui assigne la production : on peutles appeler obstacles préventifs. C’est ainsi que les grandes familles semultiplient peu, leurs revenus étant presque toujours inférieurs à leursbesoins. D’un autre côté, quand l'imprévoyance ou l’erreur, ou desencou-
Mac Culloeh : Notes sur Adam Smith, tome IV, page 143.