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SIXIÈME PARTIE. — CHAPITRE II.
se tromperait. En 1708 (année qui précéda la peste), il y avait eu, ennombre rond, 6,000 mariages. En 1711 (année qui suivit la peste), com-bien supposez-vous qu’il y en eut? 12,000 ! et remarquez que ces 12,000nouveaux mariages ne durent contribuer que faiblement aux 32,000 nais-sances, qui eurent lieu la même année, quelque bonne volonté qu’on y mît.
En même temps, une fois la contagion terminée, le nombre des décèstomba de 16,000, qu’il était auparavant, à 10,000; car, sur une populationréduite aux deux tiers, la mort ne peut pas exercer le même ravage ; desorte que le rapport entre les naissances et les décès, aussitôt après lefléau, fut de 320 naissances pour 100 décès; proportion qui excède lesprogrès des pays les plus florissants, comme les États-Unis.
Le nombre des mariages, à la vérité, déclina ensuite, soit parce quetoutes les personnes en état de contracter ce lien s’étaient mariées dèsles premières années, et qu’il ne se présenta pour les suivantes que cellesqui parvenaient successivement à la nubilité, soit parce qu’à mesure quela population approchait de nouveau de la limite des moyens d’existenceque pouvait offrir la production du pays, les mêmes stimulants n’existaientplus pour travailler aussi activement à réparer les pertes qu’un fléau des-tructeur avait occasionnées.
Ceci n’est point un effet particulier à une certaine époque ou à un cer-tain pays. Il y avait eu une peste affreuse à Londres en 1666 ; et, si l’onen croit les écrivains du temps, il n’y paraissait plus quinze ou vingt ansplus lard.
Messance a prouvé qu’après la peste de Marseille, en 1720, les mariagesfurent, en Provence, bien plus féconds qu’auparavant. L’abbé d’Expillyà trouvé les mêmes résultats. Les famines qui ravagent fréquemmentl’Indoustan, et qui vont jusqu’à détruire un tiers de la population, commecelle de 1770, n’empêchent point ces contrées d’être au nombre des pluspopuleuses du inonde. Enfin, les convulsions de la nature, les éruptionsvolcaniques, les tremblements de terre, quand ils n’ont pas altéré lessources de la reproduction des valeurs, n’ont jamais opéré sur la popula-tion qu’un effet purement passager. Rien ne saurait empêcher la race hu-maine, comme toutes les autres espèces organisées, de remonter bientôtau point que lui assignent, en chaque lieu, ses moyens d’exister, parmilesquels la possibilité d’avoir des aliments, soit par l’agriculture, soit parle commerce, joue le principal rôle.
La plupart des publicistes, quoique divisés sur beaucoup d’autres points,s’accordent sur le résultat dont je viens de vous donner les preuves par