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SIXIÈME PARTIE.
— CHAPITRE III.
la culture. El pour que l'industrie agricole puisse se développer, pour queles capitaux puissent être accumulés et mis en œuvre, il faut des institu-tions protectrices.
Pourquoi la Chine compte-t-elle deux à trois mille habitants par lieuecarrée, tandis que la presqu’île de Malacca, située sous un climat non moinsbeau et avec un territoire non moins fertile, est peu peuplée? C’est parceque les Malais font un métier de brigands, de forbans ; que l’espèce degouvernement ou plutôt d’anarchie qu’ils préfèrent, n’étant nullementpropre à l’accumulation des propriétés et à la multiplication des produits,une population nombreuse ne saurait y subsister. Le défaut d’institutionsy met des bornes au développement de l’industrie et notamment à celui del’industrie agricole; de là le défaut de production et de population. Il n’enest pas moins vrai que, par quelque cause que le défaut de production aitlieu, c’est le défaut de production qui met des bornes à la population. Etqu’on ne s'imagine pas que la production, et la population qui en est lasuite, soient bornées seulement dans les contrées où l’absence d’un gou-vernement régulier interdit l'accumulation des capitaux et toute grandeentreprise industrielle. L’Ukraine, province dont on vante la fertilité, estsoumise à un gouvernement régulier et ne nourrit pas, à beaucoup près,toute la population qu’elle pourrait nourrir. Les institutions féodales n’ypermettent pas un bon aménagement des terres ; et des pays dont lesinstitutions sont beaucoup plus favorables à la production que celles qu’onobserve en Ukraine, sont néanmoins eux-mêmes bien éloignés d’admettretout le développement dont ils seraient susceptibles.
Nous avons vu que la possibilité des échanges rend à peu près indiffé-rente la nature des produits, et que tous les genres de production déve-loppent également la population, pourvu qu’ils soient productifs de valeur.Tous les genres d’industrie sont donc des éléments de population. Maisd’autres considérations nous apprennent que le combustible est indispen-sable au développement de toute espèce d’industrie; que les forêts s’épuisentplus rapidement qu’elles ne se réparent, et que la houille seule peut suffireau développement d’uue vaste industrie. Or, la nature a placé les dépôtsde houille à de grandes distances les uns des autres; et le transport de cecombustible en élève le prix et en interdit l’emploi dans les lieux où depuissants moyens de communication, et particulièrement des canaux ar-tificiels de navigation, n’en rendent pas l’apport facile. Ainsi, faute non-seulement de capitaux, mais de l’art, de l’activité, de la persévérance quifont qu’on réussit dans les canaux de navigation, et aussi en raison de