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Tome II.
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OBJECTIONS AU PRINCIPE I)E LA POPULATION.

13 !)

« même, l’univers entier ne contiendrait plus aujourd’hui que des Mont-« morency; car leur nombre, en 1800, se serait élevé à plus de deux mil-« liards ! »

M. de Sismondi confond ici les moyens d’exister avec les subsistances.Si les subsistances sont, pour la plupart des hommes, la portion essentiellede leurs moyens d’exister, elles ne sont, pour une famille illustre qui atoujours occupé des postes importants à la cour et dans les armées, qu’unobjet de dépense secondaire. II ne faut à une famille d’ouvriers, pour sub-sister, que du pain, de la soupe, quelques vêtements et un abri : il fautde plus, à une famille noble, des terres à partager entre tous les enfants,des pensions ou des places dont le nombre est borné, des mariages qu’onappelle convenables, c’est-à-dire, où le personnel du conjoint est uneconsidération secondaire, et où le rang et la fortune sont de rigueur. C’estla crainte de ne pas réussir à pourvoir ainsi une nombreuse famille quiimpose cette réserve, soit pour contracter des mariages, soit pour en user,qui borne plus efficacement que toute autre cause le nombre des enfants.La continence qui, dans les familles, borne le nombre des enfants, agitavec d’autant plus de force, que les familles craignent plus de déchoir deleur rang dans la société. Un pauvre ouvrier dit : Mon enfant gagnera savie par son travail, comme son père. Mais un noble, qui regarde le travailcomme une honte, ne voudra point y exposer ses descendants. Si lesMontmorency n’ont jamais manqué de moyens d’exister, c’est précisémentparce qu’ils se sont peu multipliés. Mais, en même temps, comme cesmoyens d’exister, pour les grandes familles, sont beaucoup plus rares, etd’une acquisition plus difficile que la soupe et la cabane qui suffisent aupauvre, ce sont, après tout, les grandes familles qui se perpétuent le moins.Aussi, lorsqu’on croit ne pouvoir se passer de noblesse (chose dont lesÉtats-Unis se passent fort bien), on est toujours obligé de la recruter pardes anoblis et par des alliances rôlurières.

M. de Sismondi en conclut que le principal obstacle à la multiplicationdes hommes est dans la volonté des hommes eux-mêmes. C’est ce qu’onne lui dispute pas, pourvu qu’il convienne que cette volonté leur vient dudéfaut de moyens d’exister, ou seulement de la crainte d’en manquer ; etalors ce sera toujours la borne des moyens d’exister qui marquera la li-mite de la multiplication. Ce sera cette borne qui arrêtera les plus prudents;ce sera contre cette borne que viendront se briser les fous qui courentdans la carrière de la vie sans regarder devant eux. Nous sommes exposés,nous autres hommes, à beaucoup de maux par cette prévoyance qui nous