SIXIÈME PARTIE.
CHAPITRE IV.
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rend malheureux de la crainte du mal ; mais d’un autre côté, la mêmeprévoyance nous préserve souvent des fâcheuses extrémités où une mul-tiplication inconsidérée précipite, dans les autres espèces, une multitudede créatures vivantes.
CHAPITRE IV.
Influence de la production alimentaire sur la population.
Je vous ai dit, messieurs, que la facilité des échanges accommode l’es-pèce des produits aux besoins de la société ; mais dans le cas où celte fa-cilité ne se rencontre pas, ou devient onéreuse, il n’est plus permis defaire abstraction de l’espèce des produits.
Parmi les besoins des hommes, la nourriture est celui qui se fait sentirle plus universellement, le plus constamment; et, après avoir été satisfait,c’est celui qui se renouvelle le plus tôt. Quoiqu’une petite maîtresse fasseplus de dépense pour sa toilette que pour sa table, et que chez les gensriches, le logement, les ameublements, les habits et les plaisirs, coûtentbeaucoup; cependant, quand on prend les-peuples en masse, on trouvequ’il se consomme pour une plus grande valeur de denrées alimentairesque de toutes les autres ensemble. On ne peut disconvenir non plus, quele besoin de nourriture est, de tous, le plus impérieux et celui qui souffrele moins de remise; ce qui établit pour les denrées alimentaires une de-mande plus constante, plus soutenue que pour toutes les autres.
D’un autre côté, les moyens qu’on a pour multiplier les denrées alimen-taires ont des bornes qu’on atteint plus tôt que celles qui existent poul-ies autres produits. Sur uu territoire comme celui de la France, on fabri-querait facilement des étoffes pour vêtir cent millions d’habitants. Il n’estpas sûr qu’on pût, malgré tous les perfectionnements imaginables de l’a-griculture, y fabriquer des aliments suffisants pour une si nombreuse po-pulation. Il est vrai qu’à mesure qu’elles renchérissent, les denrées ali-mentaires peuvent supporter de plus gros frais de transport, et le commercetrouve alors son compte à les amener de plus loin. Mais remarquez que lesdenrées alimentaires sont lourdes et encombrantes; les frais de leur trans-port, du moment que le transport devient difficile, en élèvent le prix au-dessus des facultés de la grande masse du peuple.
On a prétendu que, jusqu’à ce que la terre entière fût cultivée comme