INFLUENCE SUR LA PRODUCTION ALIMENTAIRE. 145
croître. Les bornes des moyens de subsistance auront été reculées, maisles hommes viendront néanmoins alors se briser contre cette borne.
Je vous ferai observer à ce sujet que les disettes sont bien plus funestesdans les pays où les moeurs, la religion ou les lois, portent le peuple àune extrême frugalité qui détermine une population exubérante. Commecette population vit alors avec aussi peu de substances alimentaires qu’ilest possible, la moindre diminution dans celte quantité est un arrêt demort qui fait périr des multitudes ’. C’est malheureusement ce qu’on ob-serve à la Chine et dans l’Indoustan, lorsqu’il survient des disettes. Dansnotre Europe, sauf une classe excessivement pauvre, qui heureusementn’est pas la plus nombreuse, les familles indigentes peuvent, dans ces ex-trémités, s’imposer quelques privations qui ne causent point la mort. Ellespeuvent supprimer quelque chose, soit sur la quantité, soit sur la qualité deleurs mets; elles retranchent beaucoup sur leurs boissons fermentées; lasuppression de la bière, du vin, de l’eau-de-vie ne cause point de mor-talité.
On pourrait trouver là-dedans des motifs de redouter, pour l’usage or-dinaire, les nourritures économiques du comte de Rumford. Si nous par-venions à réduire au minimum la consommation de nos ouvriers, nouspayerions un peu moins cher leurs journées, et nous verrions, chaquemauvaise année, se renouveler sous nos yeux les scènes déplorables dela Chine et de l’Indoustan.
Il vaut mieux n’avoir recours aux soupes économiques que dans destemps de disette, dans des circonstances passagères 1 2 .
1 Cette vérité a reçu, en 1847, une éclatante et trop cruelle confirmation lorsde la disette occasionnée, en Irlande, par la maladie des pommes de terre. Quoi-que le fléau eût également sévi dans les autres parties de la Grande-Bretagne,il n’y avait produit que ce degré tolérable de malaise qui résulte en générald’une cherté temporaire, tandis que les pauvres Irlandais, en proie aux horreursde la famine, périssaient par milliers. (Note de l'éditeur.)
* Il faut tâcher surtout que, dans les moments ou les salaires sont supérieursaux besoins journaliers, l’excédant, placé en épargnes, devienne pour l’ouvrierune garantie pour les temps malheureux, et lui donne le sentiment de la dignitépersonnelle et d’une certaine indépendance. Quand les habitudes de prévoyanceet les dispositions à l’épargne sont devenues générales parmi les travailleurs,il n’y a plus aucun danger, il y a, au contraire, beaucoup d’avantage à leurfournir des moyens d’existence économiques. (Note de l’éditeur.)
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