CONSÉQUENCES OU PRINCIPE DE LA POPULATION. 151
Chez les musulmans, des crieurs publics parcourent les rues pendantla nuit, et rappellent aux époux leurs devoirs conjugaux. « On enseigne« aux femmes de celte religion, dit lady Moutagu dans ses Lettres,« qu’elles assurent leur bonheur éternel en faisant de petits musulmans,« et que celles qui meurent sans en avoir mis au monde seront réprouvées« par le ciel. « Les prêtres se joignent aux potentats dans les mêmes ex-hortations; les premiers pour remplir leurs mosquées, les autres pour re-cruter leurs bataillons.
Nous avons plusieurs ordonnances en faveur de ceux qui font beaucoupd’enfants, et M. de Sismondi indique plusieurs ouvrages faits par des gensd’église, sur ce qu’ils appellent les devoirs des époux, dont un auteur quise respecte n’ose pas répéter les instructions.
Toutes ces instigations n’augmentent pas d’un homme la populationdes États.
Il n’est pas plus sage de retenir les hommes prisonniers dans un pays,que de vouloir les y faire naître. Toutes les lois contre l’émigration sontiniques : chacun a le droit d’aller où il se flatte de respirer plus à l’aise; etc’est respirer plus à l’aise que de subsister plus facilement. Veut-on par làconserver le nombre d’hommes que le pays peut nourrir? on le conser-vera sans ce moyen. Veut-on en avoir plus que le pays ne peut en nourrir?on n’y réussira point. Lorsqu’on empêche une population surabondantede sortir par la porte des frontières, elle sort par la porte des tombeaux.
Il ne faut pas en conclure que je ne regarde pas comme ummal uneémigration d’adultes, surtout si ce sont des hommes laborieux, savants,utiles : en supposant que le pays fût capable de les nourrir, je conviensqu’une semblable émigration n’altère point pour longtemps le nombre deshabitants ; mais elle est cause que des hommes faits sont remplacés pardes enfants, des hommes forts et capables par des êtres débiles, et quiseront pendant plusieurs années à charge à leurs familles et à leur pays,au lieu de leur être utiles. Quelque fâcheuse néanmoins que soit l’émigra-tion des hommes faits, les lois coercitives sont un mauvais moyen de lesretenir; il est mauvais, d’abord, parce qu’il est injuste, et ensuite parcequ’il est insuffisant. Louis XIV faisait tirer des coups de fusil sur ses sujetsprotestants au moment où ils fuyaient ses persécutions ; et il n’a pu em-pêcher qu’ils ne portassent en Suisse, en Hollande, en Angleterre et enPrusse, leur ressentiment et leur industrie. On peut faire le même reprocheaux législateurs qui ont cru servir la révolution française, en portant deslois contre l’émigration. Plus équitables, plus éclairés et plus politiques,