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Tome II.
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SIXIÈME PARTIE. — CHAPITRE M.

Louis XIV n’aurait pas fait fuir les émigrants, et la Convention ne les au-rait pas retenus.

Plusieurs écrivains, et notamment Wallace en Angleterre' et Montes-quieu en France 1 2 ont prétendu que le monde était beaucoup plus peupléautrefois qu’aujourd’hui, et que le genre humain diminuait tous les jours.Ils ont soutenu celte thèse avec érudition et avec esprit; ils ont cité lesinnombrables armées à la tête desquelles les rois de Perse attaquèrent lesGrecs, et les 300,000 combattants que la seule ville de Sybaris envoyacontre Crotone, et les nuées de barbares qui vinrent fondre sur l’empireromain, lorsque ce grand corps, privé de.la vie, ne fut plus en état de sedéfendre. Wallace appelle à son aide le prophète Jonas, qui dit qu’à Ni-nive il se trouvait 120,000 personnes hors d’état de distinguer leurjnaindroite de leur main gauche : là-dessus il cherche à quel âge un enfant estincapable de discerner sa droite de sa gauche ; il pense que c’est à deuxans, et qu’en conséquence Ninive renfermait' 120,000 enfants au-dessousde deux ans, d’où il conclut pour celte capitale une population de 2,200,000personnes.

3Iais la population de Nivive est peu de chose, comparée au nombredes Hébreux qui, au rapport de l’historien Josôphe, se rassemblèrent àJérusalem de toutes les parties de la Judée pour célébrer la Pâque, et quise montaient, dit-il, à 27 millions. Or, je vous prie de remarquer que lorsmême que la Palestine (pays qui, à peine, a cinquante lieues de long survingt de large, et dont le sol est stérile en beaucoup d’endroits) aurait étédans la proportion trois fois aussi populeuse que la France actuelle, etautant que la Chine, elle n’aurait encore contenu que 3 millions d’habitants.

D’où vient l’erreur de ces auteurs? de ce qu’ils prennent pour des véritésles exagérations des poètes et des historiens de l’antiquité, exagérationsd’autant plus faciles, qu’on n’avait alors pour toutes ces évaluations quedes données beaucoup moins certaines encore que les nôtres, qui le sontsi peu ! D’ailleurs, si certains pays sont aujourd’hui moins peuplés qu’au-trefois, la différence est plus que compensée par d’autres qui le sont infi-niment davantage. Sans doute, l’Égypte, soumise à un pacha, ne produitpas ce qu’elle produisait sous l’administration éclairée des Sésostriset desPtolémées. La Syrie, l’Asie Mineure ne valent pas ce qu’elles valaient sous

1 Dissertation on the numbers of mankind.

2 Lettres Personnes. Esprit des Lois , liv. XXIIL