CONSÉQUENCES DU PRINCIPE DE LA POPULATION. 153
les successeurs d’Alexandre. La Grèce, sous le bâton des Turcs ou mas-sacrée par les Turcs, n’a pu valoir la Grèce lorsqu’elle était composée devingt républiques rivales de commerce et de gloire. Ces diverses contréesont perdu de leur population en perdant de leur industrie : mais leur in-dustrie même qu’était-elle comparée aux pays industrieux de notre époque?Or, si l’industrie est la source unique de la production, et si la productionest la condition nécessaire de la population, les pays anciens, même ceuxqui étaient renommés pour leur prospérité, ne pouvaient être aussi po-puleux que les nôtres, toute proportion gardée.
En effet, qu’était leur industrie au prix de la nôtre? Que pouvait-elleêtre? J’accorde que leur agriculture fût aussi perfectionnée; ils ne pou-vaient faire usage d’une foule de fruits, de légumes, et même d’animauxutiles, qui n’ont été connus que depuis 1 . Quant aux produits que ne leurdonnait pas immédiatement leur agriculture, ils ne pouvaient les obtenirque par leur commerce et l’échange de leurs produits manufacturés ; or,quelle masse de produits manufacturés pouvaient-ils avoir dans l’état oùnous savons qu’étaient leurs arts chimiques et mécaniques, comparés auxnôtres; et quel commerce que celui de Corinthe et d’Alexandrie, si nousle comparons à celui de Londres et de New-York! Sans doute nos moyensde communications sont loin d’être parfaits; mais les communicationsterrestres étaient anciennement bien plus imparfaites encore; on ne con-naissait pas les canaux de navigation, ni l’usage des écluses, et quantaux bâtiments de mer, ils ne peuvent, ni pour le nombre, ni pour la gran-deur, soutenir aucune comparaison avec les nôtres, sans parler de l’ex-tension de navigation que nous devons à la boussole. Autrefois, le mondecivilisé ne s’étendait pas au-delà des États qui bordent la Méditerranée:maintenant il couvre le globe. L’univers, en s’agrandissant sous les pasde l’homme, a rendu la production commerciale incomparablement plusgrande.
Les hordes de Scythes, de Germains, de Scandinaves, qui fondirent enmasse sur les provinces romaines, pouvaient paraître innombrables auxRomains dégénérés qui songeaient à fuir les barbares plutôt qu’à lescompter. Mais il faut n’avoir pas obseyvé la marche de la civilisation pourcroire que ces peuples à demi sauvages, qui n’avaient ni commerce niagriculture, pussent égaler en nombre ceux qui occupent actuellement la
1 Ou peut citer la pomme de terre parmi les légumes, la poule d’Inde parmiles animaux.