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SIXIÈME PARTIE. - CHAPITRE YI.
Pologne, l’Allemagne et la Suède. La Gaule et les îles Britanniques, cou-vertes de forêts, ne pouvaient pas nourrir un nombre d’habitants compa-rable à celui qu’entretiennent maintenant leur agriculture, leurs atelierset leur commerce. Que dirons-nous donc de ces nouvelles nations quipeuplent successivement les deux Amériques, leurs îles, le cap de Bonne-Espérance, les îles de l’Asie, et jusqu’à des parties du monde dont l’exis-tence n’était pas même soupçonnée il y a deux siècles?
A cette question : Le monde est-il plus ou moins peuplé q-u’autrefois?vous pouvez, messieurs, répondre par celte autre question : Le mondeest-il plus ou moins généralement industrieux qu'autrefois ? Si, commemille preuves le constatent, il est plus généralement industrieux mainte-nant, plus généralement productif, prononcez hardiment qu’il est plusgénéralement populeux. Quelques pays qui ont dégénéré ne peuvent ba-lancer les immenses progrès qui ont été faits presque partout. Et, saufdans quelques villes que nous savons avoir été de grands centres d’indus-trie , telles qu’Alexandrie d’Egypte et quelques autres lieux renomméspour leur commerce, tenez pour certain que des nombres excessifs, et tropdisproportionnés avec ceux que nous observons de nos jours en des paysbien administrés et bien cultivés, sont des nombres fabuleux.
On se demande quelquefois quel est le plus grand nombre d’habitantsqu’un pays d’une fertilité connue, que la France, par exemple, peut con-tenir? Vous sentez, messieurs, d’après tout ce que je vous ai dit, que laréponse à cette question ne peut qu’être extrêmement vague. Elle ne dé-pend pas seulement de la fertilité du pays; elle dépend de sa productiontotale, qui embrasse ses manufactures, son commerce, ses pêcheries; elledépend de ses communications intérieures; elle dépend encore des be-soins que les coutumes du pays veulent qu’on satifasse. Cependant, et malgré l’incertitude qui accompagne nécessairement une réponse à cettequestion, on peut affirmer quq la France peut entretenir un nombre d’ha-bitants fort supérieur à celui qu’on y voit actuelle'ment, et qui, de fait,augmente tous les jours.
Voici sur quelles données je fonde cette assertion.
Arthur Young, excellent observateur, qui a visité la France en 1789,époque où elle comptait 25 millions d’habitants, estime que la productiondes terres y est en arrière de la production des terres dans les îles bri-tanniques à cette époque dans le rapport de 25 à 42; c’est-à-dire qu’enAngleterre, malgré l’infériorité du sol et du climat, un même espace de