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Tome II.
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CONSÉQUENCES DU PRINCIPE DE LA POPULATION. 155

terre rapportait un revenu égal à 42, tandis qu’en France il ne rapportaitqu’un revenu égal à 25; de sorte que, si la France était seulement aussibien cultivée que l’Angleterre en 1789, et si, à proportion, il y avait au-tant de capitaux répandus sur les biens-fonds, elle pourrait entretenir42 millions d’habitants au lieu de 25 millions qu’elle nourrissait lorsqueArthur Young l’a visitée. Depuis ce temps, nous avons vu s’opérer unepartie de cesaméjioralions, mais l’agriculture de l’Angleterreen a éprouvé,dans le même intervalle, pour le moins d’aussi grandes; de sorte que nouspouvons considérer les deux pays comme ayant conservé les mêmesrapports.

Or, si l’agriculture de la France est encore à celle de l’Angleterre comme25 est à 42, on peut croire que si elle était portée au' même point, au lieude 30 millions d’habitants qu’elle nourrit, elle en nourrirait plus de 50.

Mais ce n’est pas le tout. M. William Jacob, un des agronomes anglaisde ces derniers temps qui paraissent les mieux informés, prétend, dansses Considérations sur l’agriculture britannique , qu’elle est encore sus-ceptible de beaucoup d’améliorations et pourrait donner un tiers plus deproduits qu’elle n’eu donne. De sorte que, si la France faisait les mêmesprogrès, le nombre de ses habitants, au lieu d’être porté à 50 millions parune production égale à celle de l’Angleterre actuelle, pourrait être de66 millions, sans rien accorder pour la supériorité du sol et du climat, nipour les progrès que la France peut faire dans sa production manufactu-rière et commerciale.

Les progrès agricoles que ces résultats supposent n’ont rien d’inadmis-sible, quand on songe que les terres à blé ne rapportent eu France, le fortportant le faible, que 5 à 6 grains pour un, tandis que, suivant de bonsagriculteurs pratiques, elles pourraient en rendre bien davantage; que lasuppression des jachères, et la culture des plantes fourragères sur lesterres qui se reposent encore une année sur trois, dans la majeure partiedelà France, multiplieraient à unpoinlétonnant les troupeaux, les engrais,et la viande de boucherie; que la pomme de terre enfin, ce précieux vé-gétal qui, sur un même espace de terre, donne plus de substance nutri-tive même que le froment, est encore bien loin d’être partout répandue.Atoutesces causes, ajoutez 22 millions d’arpents incultes, quoique suscep-tibles de devenir productifs, et vous trouverez que la France, sans mêmeavoir recours à l’importation d’aucune subsistance, est encore bien loinde compter autant d’habitants qu’elle en pourrait nourrir.