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Tome II.
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SIXIÈME PARTIE. - CHAPITRE VII.

la moitié moins de naissances et de décès si la vie moyenne des individusse prolonge à 40 ans que si celte vie moyenne est de 20 ans. Des deuxfaçons l’effet sera le même par rapport aux nombre des hommes, mais ilsera fort différent par rapport à leur condition. Là où il y a moins de nais-sances et de décès, il y a moins aussi de ces douleurs qui accompagnenttoujoursplusoumoins notre entrée dans la vie et le congé que nous sommesobligés de prendre en la quittant. Dans ces deux occasions solennelles,l’humanité a des souffrances morales à supporter aussi bien que des dou-leurs physiques. Que de maux, de soucis accompagnent la naissance !L’heure de la séparation sonne-t-elle? Que de liens rompus violemment!Liens de familles, liens d’amftié, besoins qu’une fdle a de sa mère, un frèrede son frère, un père de son fds. Que de regrets d’une part ! que de pri-vations de l’autre! Nos lumières, notre expérience, notre capacité, en unmot, ne s'acquièrent pas à peu de frais. Ces biens coûtent aux auteurs denos jours des sacrifices, à nous-mêmes des travaux et des peines qui serenouvellent pour chaque individu, et d’autant moins souvent que la viemoyenne est plus longue. L’homme jouit alors plus longtemps de ce qu’ila péniblement acquis; il vit proportionnellement davantage dans un étatde maturité, dans la plénitude de sa vie et de ses facultés; et l’on peut direavec exactitude que l’espèce humaine est plus parfaite quand la duréemoyenne de la vie est plus longue. Avec une durée moyenne de la vie devingt ans, à peine a-t-on conquis son rang dans le monde qu!il faut lequitter. Avec une durée moyenne plus longue, on peut occuper longtempsson poste, avec satisfaction pour soi, avec utilité pour les autres. Sup-posez Franklin emporté à vingt ans par la fièvre jaune, et Washington tuédans la guerre du Canada, quel eût été le sort de l’indépendance améri-caine, qui a peut-être préparé celle du monde entier?

La somme des maux est donc moins grande, la race humaine plus par-faite dans une population qui se maintient complète plutôt par une duréemoyenne plus longue que par des renouvellements plus fréquents. Il y aplus de germes perdus, il faut en convenir; mais pour subvenir aux dévas-tations possibles de l’espèce, la nature prépare ses germes avec une tellesurabondance, et dans tous les cas il y en a tant de perdus, que nous nepouvons pas regarder cette perle comme un mal. Le mal est dans la souf-france des êtres doués de sentiment; or, la nature, sage en cela, n’a pasvoulu qu’ils fussent capables de souffrir avant d’avoir reçu un certain degréde développement. Le mal est de donner naissance à des générations mi-sérables, incapables de fournir la carrière que le Créateur a ouverte à