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Tome II.
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DE LA FORMATION DES VILLES.

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irelient de nombreuses populations. Celle de Venise trouva de quoi senourrir sur ses lagunes et ses pilotis, parce qu’elle sut devenir un dépôtde marchandises du Levant, et un dépôt bien sur, car on ne pouvait s’euemparer ni par mer ni par terre.

Les grands progrès que la navigation a faits depuis que l’on se sert dela boussole ont permis d’établir de grands entrepôts de commerce loindes roules directes, et partout où se sont rencontrés des ports commodes,de grands capitaux, en môme temps qu’une grande industrie. Or, degrands capitaux peuvent se rencontrer partout où l’esprit d’épargne estfavorisé par les mœurs et par les institutions; et une grande industriepartout où les hommes peuvent développer sans risques leur intelligenceet leur activité. Tant qu’on naviguait avec timidité, la situation de Venise,cellede Constantinople étaient précieuses pour communiquer avecl’Orienl.Depuis que Ton sillonne l’Océan dans tous les sens et avec une merveil-leuse rapidité, les marchandises de l’Inde ont pu nous arriver par Amster-dam et Londres, qui sont à l’opposé de l’Inde.

Remarquez, messieurs, que ce sont toujours les besoins des peuples etleur génie industriel qui font la fortune des villes, et non la volonté deleurs fondateurs '. Toutes les puissances du monde ne parviendraient pasà former une ville là où elle n’a pas envie d’exister. Le cardinal de Riche-lieu, avec tout son pouvoir, a voulu fonder une ville qui portât son nom,et n’a jamais pu y rassembler au-delà de quelques centaines d’habitants.

On ne réussit pas mieux, par un acte de volonté, à borner l’étendued’une ville qui porte en elle des germes d’agrandissement. Dix fois on a| posé des limites à Paris, et Paris les a toujours franchies. En 1724, il parutune ordonnance du roi qui défendit de bâtir à Paris au-delà des boulevardsdu nord. Le motif qu’en donne le vertueux abbé de Saint-Pierre, dans sesAnnales , est curieux : C'est, dit-il, afin que les habitants soient plus ras-semblés et les maisons plus hautes. C’est-à-dire qu’il donne, pour borner la

' Ce ne fut point parce qu’Alexandre fonda Alexandrie en Égypte et lui donnason nom, que le commerce de cette ville prospéra; ce fut parce qu’il détruisitla ville de Tyr, où se faisait auparavant le commerce avec l’Asie; ce fut parcequ’Alexandrie était située en face de l’Archipel grec, dans un pays qui fut soumisà des princes grecs, et qu’une domination habile dans les choses de marineremplaça un gouvernement qui avait la navigation en horreur. Ce fut un en-semble de circonstances, déterminées il est vrai par le règne d’Alexandre, maisdont la fondation de la ville d’Alexandrie fut la moindre.