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Tome II.
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SIXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XI.

grains et de farines, et quand on en découvre des amas, obliger les déten-teurs à vendre à un prix raisonnable. Toutes ces mesures s’expliquentpar elles-mêmes, la nécessité les excuse, et l’expérience nous apprend cequ’il en a coûté pour les avoir négligées.

En France, la sortie des grains fut libre jusqu’en 1692; et en 1693, ladisette fut telle, qu’on fut obligé de défendre l’exportation sous peine demort.

En 1708, la récolte fut bonne; on permit l’exportation. On ne fit aucuneréserve pour Tannée suivante où la gelée, saisissant une terre lavée parles pluies, coupa le blé par sa base. Ea famine de 1709 fut affreuse : onracheta dans l’étranger, à 50 francs le setier, des blés qu’on y avait venduspour 8 francs.

En 1739, on vendit au dehors pour 20 millions de grain; et, en 1740,on fut obligé de racheter exactement la même quantité de blé que Tonpaya 40 millions.

En 1815 et 16, on abusa de même de la liberté d’exporter; et suivant unrapport fait par le ministre de l’intérieur, le 24 décembre 1818, le trésorpublic avait perdu dans cette occasion, en achats forcés, en indemnités etdéchets de marchandises, au-delà de 49 millions *.

Enfin, Ton peut avoir des voisins, comme les Anglais, où, par suite desimpôts, la production du blé est tellement chère, que son prix surpasseconstamment le prix de la même marchandise sur nos marchés. Dès lors,quand la saison a été mauvaise, et que l’Angleterre permet chez elle l’im-portation des blés, malgré son renchérissement en France, il est encoreplus cher en Angleterre; et les particuliers trouveraient leur compte à ex-porter des subsistances déjà trop rares chez nous; ce qui ferait partagerà nos consommateurs, à nos ouvriers, la dure condition de l’ouvrier anglais,qui est obligé de payer un prix élevé pour sa subsistance, et de vendrenéanmoins ses produits à bon marché, afin de soutenir la concurrence dureste de l’Europe.

Les partisans de la liberté indéfinie du commerce des blés disent, deleur côté, que toutes les fois que Ton empêche le blé de monter au prixoù le porte une libre concurrence, il est à craindre que le produit moyendes terres à blé (c’est-à-dire les mauvaises années balancées par lesbonnes) ne soit insuffisant pour payer les frais de production du blé ; or,

1 Les achats se montèrent à une somme bien plus forte; mais les reventes enfirent rentrer une partie.