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SIXIEME PARTIE. - CHAPITRE XI.
des farines doit être absolument libre dans l’intérieur d’un État. Le gou-vernement doit êlre animé d’un égale bienveillance pour tous ses sujets,et si un canton souffre de la disette, on pense qu’un autre canton doit luifaire part de son abondance ; mais les partisans des mesures restrictivesdemandent si Ton doit la même bienveillance aux étrangers? Si notreterritoire est plus fertile, si les frais de production sont moindres cheznous que chez eux, devons-nous les appeler à prendre part à cet avan-tage? Devons-nous faire monter le prix du blé dans nos marchés pourque nos voisins puissent s’en procurer à meilleur compte que chez eux?Ne fait-on pas sagement, en conséquence, tout en protégeant la pluslibre circulation intérieure du blé, d’en prohiber l’exportation, à moinsd’une excessive surabondance ?
Les partisans du commerce libre répondent que rien n’assure mieuxl'approvisionnement intérieur que l’habitude de l'exportation. L’expor-tation fait qu’un pays produit du blé par-delà sa consommation : de sorteque, dans les moments de cherté, le commerçant trouvant plus de béné-fice à vendre qu’à exporter, le pays proiite, dans les années de disette,du surplus que, dans les années ordinaires, il envoie à l’étranger.
Telles sont les raisons les plus concluantes apportées en faveur del’action administrative et en faveur de la liberté absolue. Elles sont ré-pandues dans un grand nombre de volumes ; elles sont accompagnées debeaucoup d’autres raisons moins décisives, ou trop facilement réfutéespour que je vous en entretienne. Je ne vous ai présenté que celles quim’ont paru dignes de faire impression et d’influer sur la conduite du lé-gislateur. L’un et l’autre parti présentent des faits et des motifs dont iln’est pas permis de méconnaître la valeur. Mais ni l’un ni l’autre ne mesemble présenter des garanties suffisantes contre les inconvénients quirésultent, pour l’espèce humaine, de l’inégalité des récoltes.
Une expérience fréquemment renouvelée nous prouve que l’adminis-tration, après avoir dépensé des sommes énormesjet enrichi les traitantspar les mains desquels elle a été obligée de passer, n’a procuré auxclasses moins fortunées de la société que des secours insignifiants.
Il est à craindre que les magasins formés dans des vues d’intérêt privéne soient pas une ressource plus assurée. Les mauvaises années sont heu-reusement trop rares pour que le renchérissement qui en résulte indem-nise convenablement les spéculateurs de leurs frais, de leurs risques etde leurs peines. Une année de cherté médiocre n’arrive guère qu’une