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SIXIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIII.
pourvu aux frais de premier établissement, quand ils ont fait quelques ac-cumulations, que les classes indigentes vont leur offrir leurs travaux; maisla difficulté des déplacements maintient pendant de longues années, dansle nouvel établissement, la main-d’œuvre à très haut prix.
Au surplus, ce n’est pas sans beaucoup de répugnance que les famillesconsentent à des séparations hasardeuses, cl pour ainsi dire éternelles. Laclasse mitoyenne ne s’y résout en général qu’après avoir tenté de trouverplus près d’elle des moyens d’existence. De là les efforts que font les fa-milles pour donner à leurs enfants une éducation qui les mette en état deremplir des fonctions dans le pays même ou dans les pays voisins. De làces éludes littéraires, celte fréquentation des écoles de droit et de méde-cine qui attirent dans des fonctions publiques ou privées plus de concur-rents qu’il ne serait nécessaire à leur bien-être personnel ou aux besoinsde la nation. De là encore ces éducations que beaucoup de Suisses vontfaire dans les États du Nord; et ce qui est beaucoup moins louable, de làles capitulations de leurs gouvernements pour fournir des soldats merce-naires à des nations étrangères, afin de procurer aux enfants de familledes places d’officiers payées par ces nations; de là encore l’abus de la sou-veraineté que s’arrogent les Anglais aux Indes et dans beaucoup d’autreslieux; abus qui se perpétue et s’étend bien moins en raison des vrais in-térêts de la nation anglaise que par le besoin qu’éprouvent beaucoup defamilles de procurer des places à leurs enfants.
La formation de nouvelles colonies est favorable aux progrès de l’espècehumaine et à son bonheur, quand les établissements coloniaux sont formésdans des contrées désertes, ou peuplées seulement de quelques sauvages,et avec le jugement et l’esprit de conduite qui seuls peuvent en assurer lesuccès. Dans cet esprilde conduite, il faut comprendre pour beaucoup celuide la mère-patrie. Quand le gouvernement de la métropole favorise avecdiscernement la colonie, non pour conserver sur elle sa domination, maisau contraire pour l’instruire à s’en passer, il n’excite pas la jalousie desnations rivales et multiplie le nombre de ses amis.
C’est une puérilité dans les chefs d’une nation de s’imaginer qu’elle s’af-faiblit par de telles émigrations quand elles sont bien conduites. Nul Étatflorissant n’a cessé de l’être pour avoir donné naissance à des colonies flo-rissantes. Tyr, Athènes et Corinthe ne parvinrent à leur plus grande puis-sance qu’après avoir enfanté plusieurs grandes cités. Les provinces d’Es-pagne, d’où sortirent les aventuriers qui conquirent le Mexique et le Pérou,furent toujours les plus populeuses; et l’Angleterre n’a jamais été plus pros-