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Tome II.
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SEPTIÈME PARTIE

CHAPITRE XI.

poids dans un genre d’étude et de connaissances dont on n’entendait pasmême les principes élémentaires. Nos progrès dans toutes les sciencessont récents : en économie politique, ils sont d’hier.

Franklin, quoique du même temps, est d’une école plus récente. Né,élevé dans l’Amérique septentrionale qui, avant son indépendance, étaitdéjà, moins que d’anciens États, sous l’empire des vieilles habitudes etdes abus invétérés, il a des vues presque toujours justes dans les ques-tions économiques. Pour faire sentir combien les usages peuvent avoird’influence sur l’économie publique, il fait un calcul plaisant, d’où il ré-sulte que si, à Paris seulement, on se levait et l’on se couchait plus tôt, ongagnerait tous les ans une somme qui ne serait pas moindre de 96 mil-lions de francs, et qui proviendrait de l’usage que l’on ferait de la lumièredu soleil perdue tous les malins pour tant de personnes qui la remplacentle soir par une lumière plus coûteuse que l’autre, et qui ne la vaut pas.

Pour achever ce que j’ai à dire de l’influence des inodes sur les con-sommations, j’accorde volontiers que si la mode pouvait être un peu gou-vernée par la raison, si elle changeait pour le mieux la nature et la formede nos ajustements et de nos meubles; en un mot, si elle rendait nos con-sommations de plus en plus judicieuses, pourvu que les changements nefussent pas trop rapides, elle n’aurait rien que d’avantageux. Malheu-reusement il n’en est pas toujours ainsi : elle change sans motif ; elleconsacre souvent ce qui est insensé et gênant, et force des hommes sagesà imiter des fous. On ne conçoit pas que, postérieurement à l’époque ducardinal de Richelieu, où les hommes portaient leurs cheveux dans leurcouleur naturelle et d’une longueur à la fois agréable et commode, onait pu renoncer à une mode si raisonnable pour s’affubler la tête d’uneénorme perruque qui descendait sur le dos et sur les épaules, et qui, dansles chaleurs de l’été, devait être un véritable supplice. Après les perruques,la mode des cheveux poudrés est venue, et chaque jour des hommes dontle temps était précieux se voyaient forcés de perdre une heure entre lesmains d’un perruquier pour retaper, coller, enfariner un toupet en fer àcheval, la plus ridicule coiffure dont jamais les hommes se soient enlaidis.

Les femmes n’ont pas moins souvent que les hommes changé le mieuxen pire. Après la coiffure gracieuse du temps de madame de Sévigné, onne conçoit pas qu’une nation qui se vante d’avoir du goût ait pu dégé-nérer au point d’adopter pour les femmes les toupets raides et poudrésde dix-huit pouces d’élévation qui ont été portés au commencement durègne de Louis XVI.