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SEPTIÈME PARTIE.
CHAPITRE XiX.
Il faudrait néanmoins se résoudre à de si grands frais, s’il n’y avait pasd’autre moyen de conserver l’indépendance nationale ; mais, loin de laprotéger, un grand État militaire est peut-être ce qui la compromet le plus.Les gouvernants, les hommes qui ont la direction des forces nationales, parune faiblesse commune à l’humanité tout entière, affectent envers les puis-sances étrangères un langage d’autant plus hautain qu’ils ontàleurdisrposition de grandes forces prêtes à agir au loin. Ils communiquent cetteespèce d'orgueil à la nation elle-même. Les militaires, étrangers aux artsde la paix, et n’entrevoyant de l’avancement et de bonnes occasions-defortune que dans la guerre, la désirent, et l’on trouve toujours de bonnesraisons pour provoquer ce que l’on désire. Si Louis XIV ne s’était pas vu àla tête de si belles armées, il n’eût pas montré tant de hauteur envers lesautres peuples ; il aurait réprimé cet insatiable désir de faire plier devantsa volonté des volontés qui ne lui devaient aucun compte ; désir qui en-fanta toutes ses guerres. L’Angleterre ne se serait pas mêlée des intriguesde toute l’Europe, si elle n’avait pas eu de grosses flottes à envoyer danstoutes les directions; et Napoléon, s’il n’avait pas eu le commandementdes armées les plus braves et les mieux disciplinées du monde, aurait misson ambition à améliorer le sort intérieur de la France ; il s’en serait mieuxtrouvé, et nous aussi.
Comme les citoyens producteurs dont se compose une nation ne sontjamais intéressés à porter le ravage en pays étranger, les risques qu’ilscourent de la part des peuples étrangers ne leur viennent presque jamaisque des fautes ou des passions de leurs propres gouvernements. J’ai beauparcourir l’histoire moderne, je ne trouve pas de nation un peu considé-rable qui ail été attaquée, si ce n’est par la faute de ses chefs. Dira-t-on queles constitutions politiques peuvent mettre un frein à l’ambition des con-quêtes? vaines précautions! un gouvernement peut toujours amener leschoses au point de rendre une guerre inévitable, s’il l’appelle de ses vœux’.
Mais ce que je désire surtout que vous remarquiez, messieurs, c’est queces forces militaires si imposantes n’ont jamais atteint le but qui aurait pules justifier, le seul but qui importe véritablement aux nations : la défensedeleurs établissements intérieurs, de leurs lois, de leur indépendance. Lesambassadeurs de Louis XIV entendirent, au congrès de Gerlrudemberg,décider du sort de leur maître, sans qu’on daignât seulement écouter leursobservations. L’Angleterre, dans la guerre d’Amérique, fut forcée d’aban-
1 Voyez plus loin, page 285, la note relative à la guerre de Suisse.