DES ÉTABLISSEMENTS D’INSTRUCTION*
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Les frais que fait l’Élat en faveur des élèves qui se destinent à l’art deguérir sont un peu plus justifiables. On veut éviter que les malades nepérissent victimes de l’impudence des charlatans; mais qu’on y prennegarde : échappe-t-on au danger qu’on redoute ? Les bons médecins em-pêchent-ils les charlatans de faire des dupes? Je crains que non Les per-sonnes mêmes d’une classe plus relevée, qui peuvent aisément consulterdes praticiens habiles, consultent trop souvent des hâbleurs. Pour leuréchapper, il faut des lumières plus généralement répandues, non parmiceux qui entreprennent de guérir, mais parmi ceux qui ont besoin d’êtreguéris. Je tiens d’un médecin philosophe, que l’on rencontre très peu demalades qui soient en état de raisonner sensément sur leur mal.
Si des diplômes de docteur paraissent une garantie nécessaire an public,aux hôpitaux, aux armées, faut-il nécessairement qu’ils soient délivrésdans des écoles publiques? Serait-ce un paradoxe d’avancer, au contraire,que les écoles sont de mauvais juges du mérite des candidats? Leurs pro-fesseurs ne jugent que sur les doctrines qu’ils ont enseignées. On sait quedans les écoles Aristote avait plus de crédit que Galilée. Newton voyaitles universités anglaises enseigner les tourbillons de Descartes longtempsaprès qu’il avait publié ses Éléments de physique. Pour être reçu docteur,il fallait ignorer des vérités et se trouver capable seulement d’enseignerdes erreurs. Ce fut dans un pays alors étranger à l’Angleterre et affranchide ses réglements, ce fut en Écosse que l’on commença l’enseignementde la physique de Newton 2 .
de la bourse des citoyens? Par la plus malheureuse des conceptions, Bonaparte,en fondant son université, en a fait supporter les frais aux parents qui confientleurs enfants à des pensionnats particuliers, c’est-à-dire qu’on a fait payer unemauvaise instruction privilégiée à ceux qui sont intéressés à en avoir une bonnesans frais pour l’État; et Ton a condamné les pères de famille à une amendeproportionnée au nombre d’enfants qu'ils ont à nourrir et qu’ils veulent faireinstruire!
' J’ai connu une grande manufacture à laquelle était attaché un médecin aussirecommandable par sa modestie et sa douceur que par son habileté. Il étaitchargé de visiter les ouvriers malades; il s’acquittait de ce soin avec zèle et gra-tuitement pour les ouvriers : cependant la plupart d’entre eux consultaient ensecret un saltimbanque homicide dont ils étaient obligés de payer les visites etles médicaments.
2 Dugakl Stewart , Histoire des Sciences , tome II, page 336.