I
DE LA NATURE DES EMPRUNTS.
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un bien-fonds déjà vendu ; il ne peut, non plus qu’un particulier, disposerpour des dépenses qui peuvent renaître d’une ressource qui n’est pas re-naissante. Il ne paie l’intérêt de ses emprunts qu’au moyen de ses re-venus; il en résulte que, même lorsqu’il dépense le principal emprunté,il ne dépense que ses revenus; mais ce sont ses revenus futurs au lieu doses revenus courants.
Combien d’erreurs n’ont pas été professées relativement aux emprunts,et dont vous pouvez d’ici, messieurs, reconnaître la fausseté !i Voltaire avait dit : « Un État qui ne doit qu’à lui-même ne s’appauvrie« pas, et ses dettes même sont un nouvel encouragement pour l’indus-( « trie '. « L’État n’est pas appauvri par le fait de l’emprunt, mais il l’estj par la consommation qu’il fait de la somme empruntée dont il a détruit, la valeur; car quelque service qu’ait pu rendre celte consommation, ellei ne peut se renouveler avec la même valeur. Si l’État a emprunté un mil-j lion pour construire un vaisseau de guerre, et si le vaisseau a été pris parl’ennemi, l’État a perdu un million. Celte perte se réalise dans tous lescas; car, en supposant que le bâtiment ne soit pas devenue la proie del’ennemi, il devient tôt ou tard la proie du temps Voltaire, ni personne,
: ne pouvait se persuader que la consommation fut une perte de richesse; pour la société, avant qu’on eût appris par l’analyse ce que c’est que la1 richesse et la consommation.
| Le passage cité regarde l’achat que le gouvernement fait, au moyen del’emprunt, comme un nouvel encouragement pour l’industrie. Voltaire,qui était en ceci l’organe de l’opinion générale de son époque, ne voit pasque la valeur empruntée, si elle n’avait pas été dépensée par le gouver-nement, l’aurait été par le capitaliste qui la lui a prêtée, même quand ill’aurait dépensée reproductivement ; puisque dans ce cas même il en au-rait acheté de la main-d’œuvre ou des matériaux, et n’aurait pas donné àl’industrie moins d’encouragements que le gouvernement dépensant lamême somme. Reportez-vous, messieurs, aux éléments de notre science;vous vous rappellerez que, de toute manière, une somme accumulée n’estbonne qu’à être dépensée, reproductivement ou non ; et qu’elle l’est tou-jours, un peu plus tôt ou un peu plus tard.
Condorcet, quoique venu après Voltaire I 2 , ne le combat qu’avec de mau-
I ' Observations sur le commerce, le luxe, les monnaies et les impôts , tome 29,édit, de Kehl.
2 Tome 29, page 158 de l’édition de Kehl.