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Tome II.
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HUITIÈME PARTIE. - CHAPITRE XII.

vaiscs raisons. Il dit que la dette de l’État est fâcheuse en ce qu’une partiedes intérêts est payée à des étrangers, et qu’ils ne sont pas intéressés àfaire servir leurs capitaux aux progrès de l’industrie nationale. Ce n’cstpoint en cela que consiste le malheur de la dette. Les intérêts que l’Étatpaie à des étrangers ne sont point un capital : c’est un revenu qui ne peutformer un capital que par leur accumulation, et qui, en supposant qu’onles accumule, forme un capital nouveau que l’étranger peut prêter àd’autres sans endommager le capital du pays emprunteur. Le dommagevient encore ici de la consommation du capital emprunté, et il n’est pas pl usgrand par la circonstance que cette avance vient d’une main étrangère.

Comment un publiciste, qui a écrit après tous ceux-là et depuis les pro-grès récents de l’économie politique, a-t-il pu imprimer que les gouverne-ments rendent toujours à la circulation les fonds qu'ils en retirent par l'em-prunt, puisqu'ils n’empruntent que pour payer' ? C’est la même erreurque celle qui prétend que le gouvernement restitue par ses _dépensesles fonds qu’il lève par les impôts. L’erreur naît du mot fonds, que l’onsubstitue à celui de monnaie ou d’ argent. Le gouvernement rend à la cir- |culalion de la monnaie, de l'argent qu’il en a retiré ; d’accord. Si par le !mot fonds on entend une valeur, une propriété mobilière livrée au gou-vernement, il ne la rend pas ; car les achats qu’il fait ne sont pas une res-titution. Il n’est plus permis de méconnaître une vérité si simple et defonder aucun argument tolérable sur une erreur de mots.

Par un emprunt, l’État consomme d’avance le revenu du contribuable ;il donne virtuellement au prêteur qui favorise cette anticipation une dé-légation sur le contribuable qui se trouve forcé par là de lui abandonnerune portion de son revenu * 2 . Vous voyez qu’il n’y a nulle différence, quantau tort que l’emprunt fait au contribuable, entre l’emprunt et l’impôt, sice n’est que l’emprunt est un peu plus fâcheux, en ce que, outre la valeurconsommée par le gouvernement et perdue par le contribuable, il chargecelui-ci des frais nécessaires pour escompter sa propre contribution, pourfournir au gouvernement les moyens de dépenser, dès à présent, une con-tribution future.

La nécessité de payer un intérêt, augmentant la somme de l’impôt, élève

’ M. Dufresne Saint-Léon : Études du crédit public , page 91.

2 Voyez, à la fin de mon Traité d'Économie politique, un tableau synoptiqueoù l’on voit d’où viennent et ce que deviennent les valeurs prêtées à l’Etat. Lanation perd absolument le revenu du capital emprunté.