DE LA NATURE DES EMPRUNTS.
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dans l’avenir le prix de tous les produits; et, après qu’il vous a été dé-montré, messieurs, qu’un prix plus élevé équivaut précisément à une di-minution de la valeur des fonds productifs de la société et des revenus descitoyens, à un appauvrissement général, nous serons forcés de conclureque les emprunts appauvrissent doublement l’avenir, et par les consomma-tions qu’ils permettent aux gouvernements aux dépens des contribuables,et par le renchérissement de tous les objets de leurs consominalions.
Cette fidèle représentation de la nature des emprunts publics nous don-nera quelque avantage pour juger de la valeur des arguments au moyendesquels on a prétendu les faire valoir.
On a dit qu’ils favorisent les économies des particuliers, en leur offrantun moyen facile, toujours ouvert, de placer leurs épargnes jusqu’au mo-ment où ils jugent à propos de retirer leurs fonds placés sur l’État pourles employer dans quelque entreprise productive. 11 n’est pas douteux queles effets publics ne soient commodes pour les capitalistes, quels quesoient leurs motifs, et qu’ils n’offrent des placements au moyen desquelsils peuvent aisément retirer leurs fonds par la vente de leurs créances.Aussi ne blâmé-je pas les emprunts comme blessant les intérêts des ca-pitalistes, mais comme funestes à la chose publique. U est douteux, ausurplus, qu’ils servent beaucoup à provoquer les épargnes. Chacun faitdes accumulations autant que le permettent les revenus dont il jouit, lesgoûts, les habitudes qu’il veut satisfaire, le rang qu’il se croit obligé detenir dans le monde, et non suivant les placements qui s’offrent à lui. Jadisles placements étaient difficiles, hasardeux, et néanmoins on épargnait ;ne pouvant acheter des renies, on achetait des champs, des maisons, onformait des trésors. Aujourd’hui que l’industrie est infiniment plus ré-pandue, elle présente plus de moyens qu’on n’en a jamais eu de faire va-loir des accumulations. La disposition à accumuler est naturelle : chacuncherche à se ménager des ressources pour l’avenir; et il se peut que, siles gouvernements n’offraient pas, par leurs emprunts, des placementsfavorables à la paresse, l’industrie serait plus stimulée, les terres surtoutplus améliorées, mieux pourvues de bâtiments et de bestiaux, les entre-prises utiles plus multipliées ; les dispositions généreuses que l’on fait ra-rement de son bien seraient plus communes.
Ne pourrait-on pas dire au contraire, avec plus de fondement, que lesemprunts des gouvernements sont favorables à la dissipation des capitaux,en attirant dans le gouffre des dépenses publiques des fonds qui seraientu. 28