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Tome II.
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HUITIÈME PARTIE. - CHAPITRE XII.

pas perdu pour la nation ; car c’est un gouvernement étranger qui le dé-pense, et néanmoins nous le retirons quand nous voulons.

Un auteur nommé Saint-Aubin , mort il y a peu d’années, après avoirbeaucoup écrit, non sans quelque succès, sur les finances, s’est pourtantavisé un jour d’imprimer que le gouvernement, lorsqu'il emprunte, rendun signalé service aux contribuables, et voici comme il le prouve (je doisrenverser son sophisme, car on le reproduit encore tous les jours) : L’Êlata besoin, dans sa supposition, d’une somme de 5,000,000 : s’il la demandeaux contribuables, dit Saint-Aubin, voilà 5,000,000 retranchés des capi-taux du pays, et les revenus annuels de la nation sont diminués en pro-portion. Si, au lieu d’exiger ce sacrifice, le gouvernement se borne à de-mander aux contribuables les intérêts seulement de cette somme, et leurlaisse l’usage du principal, il leur laisse les moyens de faire des protils quileur rendront facile le paiement des impôts. Il n’a pas vu que de toutesmanières, quand le gouvernement emprunte 5,000,000, il relire, par lamain des prêteurs, 5,000,000 des capitaux de la société. On empêche demême celle somme de servir à l’entretien de la classe industrieuse.

Le même auteur s’extasie sur les encouragements que la dépense desrentiers procure aux productions de l’industrie. Il ne songe pas que lors-que les rentiers ont moins à dépenser, les contribuables en ont davantage.De toutes façons, l’encouragement de la production est égal à la sommedes produits créés ; car on ne saurait acheter un produit qu’avec un autre,ou, ce qui revient au même, avec le prix qu’on a tiré d’un autre ; et ce n’estpas en transportant aux rentiers le revenu des [contribuables que l’onmultiplie la somme des revenus.

On a prétendu que les emprunts de l’Angleterre ont multiplié les res-sources de cet État ; et l’on en donne pour preuve , que c’est à l’époquemême où ces emprunts ont été le plus multipliés que sa population s’estprodigieusement augmentée, que l’accroisseroenl de ses exportations asurpassé celui de sa population, etc. Voilà des vérités de fait', a-t-on dit,auxquelles on ne peut rien opposer. Mais de ce que ces progrès ont eulieu pendant qu’on empruntait, il ne s’ensuit pas que les emprunts soientla cause des progrès; or, tel était le fait qu’il s’agissait de prouver' 1 .

1 Voyez la Science des finances de M. Ganilh, page xxxiij.s Les progrès des arts ont en Angleterre diminué les frais de production plus