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HUITIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIII.
pourquoi les gouvernements où l’aulorilé réside dans un prince, el n’estrestreinte par aucune forme, ont toujours moins de crédit que les gou-vernements représentatifs, où il ne dépend pas du roi de violer des pro-messes auxquelles d’autres que lui ont pris part.
Telles sont les bases fondamentales du crédit de l’État ; mais, indépen-damment de ces motifs légitimes que chacuu a pour mettre entre ses mainssa fortune, il eu est d’autres que Ton peut regarder comme des privilègesque le gouvernement, en vertu de sa suprême puissance, accorde à sesprêteurs.
Tandis que le génie fiscal exploite les revenus de tous les contribuables,les rentes qu’on a sur l’Etal sont mises à l’abri de ses entreprises : ellessont exemptes de toute contribution. La transmission de cette espèce depropriété a été affranchie des droits aussi bien que des formalités qui ac-compagnent toute autre transmission. Ces fonds, ainsi que ces intérêts,ont été déclarés insaisissables ; tellement qu’un créancier de l’Etat, cribléde dettes, peut tranquillement manger scs revenus en bravant ses créan-ciers. On a ouvert un marché public que Ton appelle la bourse, où le créan-cier de l’Etal peut vendre ses inscriptions du moment qu’il conçoit quelqueinquiétude sur la solidité du titre. La possibilité de vendre fait regardercomme nul le danger de garder. Soit à un prix, soit à un autre, on estassuré de trouver des acheteurs. Nul genre de placement n’est plus géné-ralement connu : tous les journaux avertissent chaque jour toutes lespersonnes qui ont quelque argent à placer, de ce placement-là el du re-venu qu’il rapporte. Il n’en est point qui exige moins de capacité dans leprêteur et l’expose moins aux chicanes de la mauvaise foi. Il est égale-ment ouvert à toutes les professions, à toutes les sommes, grandes et pe-tites; on en fait usage sans frais 1 , sans être obligé de mettre le publicdans sa confidence ; el rien n’est plus commode pour ceux qui cherchentà cacher des gains dont on pourrait soupçonner la pureté.
1 Les seuls frais sont le courtage de l’agent de change qui est en France l’in-termédiaire obligé de la vente et de l’achat des effets publics français. Ce privi-lège exclusif leur a, dans les temps de jeu et d’agiotage, procuré des gains con-sidérables qui ont porté très haut le prix de leurs charges; le gouvernement n’ena pas profité; mais les gouvernements aiment à multiplier les nominations qu’ilsont à faire, et à jouir de l’inüuence qui leur en revient. En Angleterre, l’industriedes agents de change el celle des agents du commerce pour les marchandisessont des industries libres, et la confiance du public y est plus rarement trompée.