Band 
Tome II.
Seite
454
JPEG-Download
 

HUITIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVI.

•454

les rentes de la dette ; et, dans tous les cas, ils sont beaucoup plus faible-ment lésés dans leurs intérêts comme contribuables, qu’ils ne sont favo-risés par la disposition qu’ils se trouvent avoir du capital emprunté.

II faut bien, dira-t-on, que l’État ait du crédit pour résister à une injusteagression, pour affermir son indépendance... Il serait désirable, en effet,que la cause la plus juste eût constamment du crédit, car elle en ferait unbon usage; et il ne serait pas moins désirable que l’injustice manquât tou-jours d’un crédit dont elle ne peut se servir qu’au détriment de l’humanité.Mais c’est ce qu’on ne voit guère. La cause la plus juste est, en général,celle de la faiblesse opprimée. N’étant pas appuyée de la force, elle nepeut invoquer que la justice et les droits de la nature. Ce n’est point lacause qui sourit aux traitants : ils sont du parti qui paie le mieux les ar-rérages; or, c’est le parti qui dispose des forces matérielles. Us n’examinentpoint si un gouvernement a tort ou raison ; mais s’il a de bons législateurs,ou, à defaut de législateurs, uu bon ministre des linances, pour donnerun vernis légitime à l’impôt, et de bons soldatsbien disciplinéspourle fairepayer. L’alliance des gens à argent, à la tète de ses millions, marche tou-jours au secours du plus fort. En 1176, l’Angleterre trouvait de grossessommes pour soutenir les injustes monopoles qu’elle voulait imposer auxÉtats-Unis; et les États-Unis n’en trouvaient point pour assurer leur in-dépendance. La France, lorsqu’elle ne cherchait encore qu’à défendre scsinstitutions nouvelles, ne trouvait point de prêteurs ; elle n’en trouva quelorsqu’il fut question de la dépouiller.

En même temps que le crédit public est une arme qui n’est guère qu’àl’usage du mauvais sens et du mauvais droit, il entretient des habitudesfunestes à l’industrie et à la moralité des nations. Il donne naissance à desfortunes scandaleuses. Il excite une cupidité générale, qui fait ranger aunombre des duperies les conseils de la modération et l’emploi des moyenslents de faire fortune, les seuls qui ne soient pas préjudiciables aux na-tions. ’.

leur ne devraient jamais être que des conséquences de celles de la loi. Quandscs ordres vont au-delà, c’est lui qui fait la loi.

1 J’ai été témoin d’une réponse faite par un financier à un industrieux qui de-mandait des fonds pour une entreprise sûre, éprouvée, utile au public : Mes ca-pitaux me rendront-ils plus de 20 pour cent et rentrerai-je dans mes avances avantla fin de l'année? disait le financier. — Non. — En ce cas mon affaire vaut mieuxque la vôtre.