DE L’UTILITÉ DU CRÉDIT PUBLIC.
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Les auteurs du jour les moins déraisonnables, en convenant que la fa-culté d’emprunter est, entre les mains des gouvernements, une armedangereuse, ajoutent que, semblable à l’artillerie, celte arme, du momentqu’elle est à l’usage d’une puissance, doit être adoptée par toutes lesautres; et que celle qui s’en interdirait l’usage serait inévitablement écraséepar des gouvernements moins scrupuleux. Mais pense-t-on que les na-tions qui auraient des garanties efficaces contre les prodigalités de leursgouvernements voulussent se laisser écraser; et s’il fallait desemprnnts, pour se conserver, peut-on supposer qu’elles consentissent à être écra-sées, et qu’elles refusassent à leur gouvernement l’autorisation de ras-sembler de l’argent avec toutes les garanties propres à donner de la sécu-rité aux prêteurs? Quand un gouveruement est digne de la confianced’une nation, il dispose toujours, au moment du danger, de toutes les res-sources de celle nation; des peuples ont perdu leur indépendance fautede courage : jamais faute de crédit. Quand un grand danger survient, unÉtat abonde en ressources d’autant plus sures qu’il est moins grevé dedeties. Mais si la nature du gouvernement ôte toute espèce de garantie àla nation contre la politique de sou cabinet, ses revenus s’engagerontà perpétuité, et elle deviendra incapable d’action au moment du dan-ger ; elle ne trouvera plus en elle-même de ressources pour en avoirabusé.
La guerre la plus heureuse est un fort grand malheur. Tout ce quitend à la faciliter est fâcheux; et la possibilité d’emprunter et de tirer descontribuables l’intérêt au lieu du fonds des sommes que la guerre en-gloutit, est une des causes qui ont multiplié et prolongé les guerres depuiscent ans. Le malheur passager des guerres se transforme, grâce aux em-prunts, en malheur durable ; car les gouvernements ne savent pas réduireleurs dépenses une fois consenties. Le dépôt des caisses d’amortissementa été violé en Angleterre comme en France. Des taxes de guerre qui de-vaient cesser â la paix ont été continuées jusqu’à ce qu’une autre guerreen ait provoqué l’augmenlalion. Les suites de la guerre causée par larévolution française ont été aussi difficilement supportées par l’Angleterreque la guerre elle-même.
C’est le crédit de l’Angleterre qui la surcharge maintenant de cetteépouvantable dette qui prive le plus grand nombre de ses citoyens de ladouceur d’atteindre au prix, et, par conséquent, de jouir de cette abon-dance de consommations auxquelles on peut prétendre dans beaucoup depays où le crédit est beaucoup moins solide. Depuis la paix générale, la