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HUITIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVI.
Franco a beaucoup moins souiï'ert, parce que Bonaparte, avec moins decrédit, n’avait pas le pouvoir d’endetter au même point sa nation.
Je sais que les gouvernements peuvent avec fruit faire des empruntspour former des établissements publics hautement favorables au public,et qu’il ne saurait convenir aux particuliers de fonder à leurs frais 4 . Desemprunts qui auraient été faits pour donner un facile accès aux provincescentrales de laFrauce, pour franchir aisément des montagnes, pour rendredes rivières navigables en 'tout temps, pour former des ports où Ton pûtaborder sans danger, pour détruire des écueils féconds en naufrages,tous ces emprunts auraient pu doubler les revenus généraux et la popula-tion de la France; mais nous savons malheureusement par expérienceque l’argent des emprunts favorise les mauvaises opérations et laisse lesbonnes en souffrance. On sait que les canaux entrepris sous la directionde nos ponts et chaussées ont consommé des capitaux immenses, et que,soit par les fautes de l'administration , soit par l’ascendant des intérêtsprivés, ils ont répondu tard, ou jamais, aux heureux effets qu’on était endroit d’en attendre 1 2 .
Il existe un moyen de borner les effets du crédit à ce qu’il a de réelle-ment favorable au bonheur des nations. Les États qui jouissent d’une vé-ritable représentation nationale ne devraient consentir que des empruntsspéciaux, des emprunts consacrés à une guerre, à une entreprise dont lebut serait spécifié. Peut-être que la difficulté de trouver de l’argent pourune entreprise funeste, pour une guerre peu conforme aux intérêts dupays, empêcherait qu’on ne s’y précipitât. Et si, malgré cela, le gouver-nement persistait à vouloir emprunter dans un mauvais but, il lui seraitheureusement impossible de l’accomplir. Une chambre des députés quiserait le résultat de la fraude, de la séduction ou de la violence, auraitbeau sanctionner de son vote une mesure anti-nationale, les prêteurs nese mettraient pas en avant : ils pourraient craindre qu’un gouvernementmieux avisé, une représentation nationale plus éclairée, ne voulussentpas, dans la suite, ratifier les engagements contractés par leurs prédéces-seurs. Il me semble que celte crainte salutaire, en ruinant le crédit des
1 Voyez à l’article des dépenses publiques, la dépense des voies de communi-cations, et particulièrement des roules : partie VII, chap. 23.
2 Voyez plus liant, page 31 ff, les sommes énormes empruntées pour des ca-naux qui ne s’achèvent pas.