476 HUITIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVIII.
deux désignés par ces mots : Morales son compte ; et l’autre, Morales moncompte.
Je peux de la même manière distinguer sur mes livres les opérationsqui ont rapport à certaines affaires entre autres, lorsqu’il me convientd’en connaître le résultat en particulier. Si j’essaie un commerce nouveauavec la Russie, par exemple, et si je veux connaître les résultats particu-liers que j’en obtiendrai, afin de le continuer au cas qu’il me soit avanta-geux, ou de l’interrompre dans le cas contraire, j’ouvre un compte à cccommerce. J’en fais un personnage fictif. Je porte à son débit tout cequ’il me coûte, toutes les avances que je lui fais ; et je porte à son crédit,tout ce qu’il me rapporte ; je sais par là le cas que j’en dois faire.
Il n’y a point d’armateur qui n’ouvre un compte à chacun de ses navires,et même à chacun des voyages de ses navires, pour en connaître les ré-sultats ; et comme tous ces résultats arrivent dans un compte commun,celui de profits et pertes , la multiplicité des comptes ne cause jamais nigêne ni confusion. Il y a tel négociant qui a trois ou quatre cents comptesouverts sur son grand livre; il n’a qu’à le parcourir pour savoir où il enest, non-seulement par rapport à chacun de ses correspondants , maisaussi par rapport à chacune de ses spéculations.
Souvent, des maisons de commerce font des spéculations de concert eten commun. Elles ne sont point associées pour leurs autres affaires ; ellesn’en font de compte à demi qu’une seule, ou une suite d’affaires du mêmegenre. Alors, elles ouvrent, chacune de leur côté, sur leurs livres, uncompte à cette affaire. Elles portent au débit de ce compte toutes lesavances qu’elles lui font dans l’intérêt commun, et suivant les conventionsqu’elles ont consenties. Elles portent, au crédit de la spéculation ce qu’ellerapporte, et elles se partagent la perte ou le gain qui résulte de la balancede ce compte, qu’on nomme un compte enparticipation, parce que chacuny participe tant pour les frais et pour les soins que pour les profils.
Les comptes-courants sont des relevés qu’on fait sur le grand livre ducompte,^tantôt d’un correspondant, tantôt d’un autre. Les négociants secommuniquent ces relevés, afin de se mettre d’accord sur l’état de leursdettes et créances respectives. Lorsque j’envoie à un correspondant l’ex-trait de son compte, il le compare avec ses propres livres. S’il a omis, s’ila malpassé, c’est-à-dire mal enregistré un article, il le rectifie. Si c’est moiqui me suis trompé, il m’en avertit ; on se met d’accord sur le solde decompte que l’un des deux doit à l’autre ; et quand ce solde ne se paie pas,il forme le premier article d’un compte nouveau.