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Tome II.
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NEUVIÈME PARTIE.

qu’elle reconnaisse, qu’elle garantisse à chacun la faculté exclusive dudisposer de ce qu’il a produit, c’est-à-dire, du droit de propriété ; autre-ment, chaque homme fuirait avec sa proie pour n’êlre pas dépouillé parles autres hommes, et la société serait détruite.

Si chaque individu ne produit pas toutes les choses qui lui sont néces-saires, il est du moins obligé de produire de quoi les acheter. Il échangeensuite ce qui excède ses besoins contre les produits crées par d’autreshommes, et se met ainsi en possession de tout ce qui convient à sa natureet à sa position. C’est cette faculté, particulière à l’homme, d’échanger lesproduits entre eux qui, dans nos grandes sociétés, permet à chaque per-sonne en particulier de ne s’occuper que d’une seule classe de produits,et même d’une certaine portion d’un seul produit.

De là, la division du travail, ou, pour parler plus exactement, la sépara-tion des occupations, qui augmente prodigieusement le pouvoir productifde l’homme.

Il semblerait, par suite de cette observation, que chaque homme euparticulier ne devrait jouir que des produits qu’il s’est procurés, soit enles créant, soit en les acquérant au prix de ceux qu’il a créés; mais alorsd’où viendrait l’énorme disproportion qu’on remarque entre les ressourcesdont les hommes disposent? Comment les uns peuvent-ils se livrer à d’a-bondantes consommations, tandis que d’autres parviennent à peine à sub-venir à leurs premières nécessités? Quelque supérieurs qu’on veuillesupposeras facultés corporelles elles talents de certaines personnes, com-parés aux facultés et aux talents de toutes les autres, celte supériorité nesuffit pas pour expliquer une aussi grande disparité dans leur production.Ce serait une économie politique bien peu avancée que celle qui ne nousdonnerait pas l’explication d’un phénomène aussi commun dans la viesociale.

L’analyse de la production suffit pour nous éclairer à cet égard. Chaqueproduit est le résultat d’uu concours d’actions et de moyens mis en œuvrepar une seule intelligence. C’est l’entrepreneur de ce produit, qui se pro-cure à ses frais tous les travaux et l’usage de tous les instruments au moyen(lesquels le produit s’achève ; cet entrepreneur dès lors fait seul son profil(Je la valeur produite. Or, comme la portion de talent qu’il y met se multi-plie par le nombre des agents qu’il emploie, et qu’au moyen de ces agentsla quantité de la chose produite peut être fort grande relativement auxfacultés d’un seul entrepreneur, les profils de celui-ci peuvent être consi-dérables relativement à ceux des agents secondaires qu’il met en œuvre.