CXLII
INTRODUCTION.
objets extérieurs, les impressions faibles qu’il en reçoit, trans-mises au sensorium, peuvent, en se combinant avec les imagesdu rêve d’un somnambule, les modifier et diriger ses mouve-ments. En examinant, d’après cette considération, les récits bienavérés des choses singulières opérées par les somnambules,il m’a paru que l’on pouvait en donner une explication fortsimple.
Quelquefois les visionnaires croient entendre parler les per-sonnages qu’ils se figurent, et ils ont avec eux une conversationsuivie; les ouvrages des médecins sont remplis de faits de ce genre.
Bonnet cite, comme l’ayant souvent observé, son aïeul mater-nel, «vieillard, dit-il, plein de santé, qui, indépendamment de« toute impression du dehors, aperçoit de temps en temps devant«lui des figures d’hommes, de femmes, d’oiseaux, de voitures,« de bâtiments, etc. Il voit ces figures se donner différents mouve-« ments, s’approcher, s’éloigner, fuir, diminuer et augmenter de«grandeur, paraître, disparaître, reparaître. 11 voit les bâtiments«s’élever sous ses yeux, etc. Mais il ne prend point ces visions« pour des réalités: sa raison s’en amuse. Il ignore, d’un moment« à l’autre, quelle vision va s’offrir à lui. Son cerveau est un théâtre« qui exécute des scènes d’autant plus surprenantes pour le spec-« tateur, qu’il ne les a point prévues. » En lisant l’histoire de Jeanned’Arc, on est forcé de reconnaître une visionnaire de bonne foidans cette fille admirable, dont l’exaltation courageuse contribuasi puissamment à délivrer la France de ses ennemis. Il est vrai-semblable que plusieurs de ceux qui se sont annoncés commeayant reçu leurs doctrines d’un être surnaturel étaient vision-naires : ils ont d’autant mieux persuadé les autres, quils étaienteux-mêmes persuadés. Les fraudes pieuses et les moyens violentsdont ensuite ils ont fait usage leur ont paru justifiés par 1 in-tention de propager ce qu’ils jugeaient être des vérités nécessairesaux hommes.