CXLIV
INTRODUCTION.
le sensorium n’attendent pour reparaître que l’affaiblissementdes impressions subséquentes, par l’âge ou par la maladie, à peuprès comme les astres qu’effaçait la clarté du jour se montrentdans la nuit ou dans les éclipses de soleil.
Les traces de la mémoire acquièrent de l’intensité par l’effetdu temps et à notre insu. Les choses que l’on apprend le soirse gravent dans le sensorium pendant le sommeil, et se retiennentfacilement par ce moyen. J’ai observé plusieurs fois qu’en cessantde penser, pendant quelques jours, à des matières très-compli-quées, elles me devenaient faciles lorsque je les considérais denouveau.
Si nous revoyons un objet qui nous avait frappés par sa gran-deur, longtemps après que la vue fréquente d’objets du mêmegenre, beaucoup plus grands, a diminué l’impression de grandeurqu’ils font éprouver, nous sommes surpris de le trouver fort au-dessous de son impression conservée dans la mémoire.
Quelques hommes sont doués d’une mémoire prodigieuse.L’exactitude avec laquelle ils répètent de longs discours qu’ilsviennent d’entendre nous étonne. Mais, lorsqu’on réfléchit à toutce que renferme la mémoire de la plupart des hommes, on estbien plus étonné que tant de choses y soient placées sans confu-sion. Considérez un chanteur sur la scène : sa mémoire lui rap-pelle chaque mot de son rôle, le ton, la mesure et le geste quidoivent l’accompagner. Un nouveau rôle succède-t-il au premier,celui-ci semble comme effacé de sa mémoire, qui retrace dansl’ordre convenable toutes les parties du second rôle, et qui rap-pellerait, de la même manière, les divers rôles que le chanteur aétudiés. Ces traces, dont le nombre est immense, ou du moins lesdispositions propres à les faire naître, existent à la fois dans sonsensorium sans se confondre, et l’acteur peut les rappeler à savolonté. Je dois répéter ici que, par les mots trace, image, vibra-tions, etc. je n’entends exprimer que des phénomènes du sen-