INTRODUCTION.
CXLIX
« suivre, et ils sont guéris d’un mal dont vous voulez guérir. Sui-« vez la manière par où ils ont commencé. Imitez leurs actions«extérieures, si vous ne pouvez encore entrer dans leurs dis-« positions intérieures ; quittez ces vains amusements qui vous« occupent tout entier. J’aurais bientôt quitté ces plaisirs, dites-«vous, si j’avais la foi. Et moi, je vous dis que vous auriez bien-« tôt la foi si vous aviez quitté ces plaisirs. Or, c’est à vous à com-« mencer. Si je pouvais, je vous donnerais la foi; je ne le puis,
« ni par conséquent éprouver la vérité de ce que vous dites; mais« vous pouvez bien quitter ces plaisirs et éprouver si ce que je« vous dis est vrai.
« Il ne faut pas se méconnaître : nous sommes corps autant« qu’esprit; et de là vient que l’instrument par lequel la persua-« sion se fait n’est pas la seule démonsti'ation. Combien y a-t-il« peu de choses démontrées? Les preuves ne convainquent que« l’esprit; la coutume fait nos preuves les plus fortes; elle incline« les sens, qui entraînent l’esprit sans qu’on y pense. Qui a démon-« tré qu’il fera demain jour, et que nous mourrons? et qu’y a-t-il« de plus universellement cru? C’est donc la coutume qui nous« persuade; c’est elle qui fait tant de Turcs et de païens; c’est elle« qui fait les métiers, les soldats, etc. Il est vrai qu’il ne faut pas« commencer par elle pour trouver la vérité*; mais il faut avoir« recours à elle, quand une fois l’esprit a vu où est la vérité, afin« de nous abreuver et de nous teindre de cette croyance qui nous« échappe à toute heure; car d’en avoir toujours les preuves pré-« sentes, c’est trop d’affaire. Il faut acquérir une croyance plus«facile, qui est celle de l’habitude, qui sans violence, sans art,
« sans argument, nous fait croire les choses, et incline toutes nos«puissances à cette croyance, en sorte que notre âme y tombe« naturellement. Ce n’est pas assez de ne croire que par la force
Pascal perd ici de vue ce quïl vient de recommander pour acquérir la foi, savoir, decommencer par les actes extérieurs.