INTRODUCTION.
CUII
qu’il nous importe autant d’approfondir que celles du mondephysique. On a imaginé des hypothèses à peu près semblablespour expliquer les phénomènes de ces deux mondes; mais les fon-dements de ces hypothèses échappant à tous nos moyens d’obser-vation et de calcul, on peut, à leur égard, dire avec Montaigne ,que /’ ifjnorance et l'incuriosité sont deux oreillers bien doux pour reposerune tête bien faite.
Dns divers moyens d’approcher de la certitude.
1.'induction, l’analogie des hypothèses fondées sur les faits etrectifiées sans cesse par de nouvelles observations, un tact heureuxdonné par la nature et fortifié par des comparaisons nombreusesde ses indications avec l’expérience, tels sont les principaux moyensde parvenir à la vérité.
Si l’on considère avec attention la série des objets de mêmenature, on aperçoit entre eux et dans leurs changements, desrapports qui se manifestent de plus en jdIus à mesure que la sériese prolonge, et qui, en s’étendant et se généralisant sans cesse,conduisent enfin au principe dont ils dérivent. Mais souvent cesrapports sont enveloppés de tant de circonstances étrangères, qu’ilfaut une grande sagacité pour les démêler et pour remonter à ceprincipe : c’est en cela que consiste le véritable génie des sciences.L’analyse et la philosophie naturelle doivent leurs plus importantesdécouvertes à ce moyen fécond que l’on nomme induction : Newtonlui a été redevable de son théorème du binôme, et du principede la gravitation universelle. Il est difficile d’apprécier la proba-bilité des résultats de l’induction qui se fonde sur ce que les rap-ports les plus simples sont les plus communs : c’est ce qui se vérifiedans les formules de l’analyse, et ce que l’on retrouve dans les phé-nomènes naturels, dans la cristallisation, et dans les combinaisonschimiques. Cette simplicité de rapport ne paraîtra point étonnante,
TOME VU. V