^3° Lettres
rapports mercantiles. Un peuple qui ne tientaux autres que par quelques objets de com-merce , qu’il est forcé de vendre, est à coup sûrau-dessous de celui qui achette , s’il n’a pasFadresse d’établir la balance & de multiplierles échanges. II est encore au-dessous de tousles peuples que le luxe a urbanisés, & que lesArts ont enrichis. Sa pénurie, ses privations, sonignorance le rejettent encore à une distance im-mense. Tel est le Suisse des montagnes. Son édu-cation n’ayant qu’un motif, qu’un point d’ému-lation, le rend intéressé & vénal. Ne connoif-fant point la renommée, Forgueil, il ne connoîtque l’argent, il ne fait point mettre un prix àl’estime des étrangers. C’est un tort de l’éduca-tion publique , ou c’est une nécessité.
L’éducation est très-négligée, la plupart nesavent point lire, le plus grand nombre compteà la craie fur une table. Ce n’est cepen-dant point un peuple inepte. 11 médite vo-lontiers. Sa vie est une longue lutte contre lestorrens, les avalanches, les précipices ; il estnaturellement Géomètre, Mécanicien. De toutil fait un lévier, un point d’appui, 11 a dansFœil le calcul juste des contre-poids & des pro-portions , des forces mouvantes & repoussantes.II jette un pont aussi lestement qu’il le passe..Dans fa mobilité flexible, le pont dure, tient*