I)E LA MATIÈRE DES MONNAIES.
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3° En troisième lieu, la valeur des métaux, bien qu’elle soit sujette à degrandes variations, n’est pas exposée à des variations subites. Vous avouerez qu’il serait fort désagréable, lorsqu’on a une somme dans sa caisse,de la voir tomber en peu d’instants à la moitié, au quart de sa valeur; cequi n’arriverait pas même lorsqu’on découvrirait inopinément des minesinépuisables d’or ou d’argent natif. Par des causes naturelles qui noussont inconnues, ces métaux ne se sont jamais montrés à nous avec uneextrême abondance, et leur extraction, leur traitement, sont toujoursaccompagnés d’une certaine difficulté, c’est-à-dire de certains frais qui ensoutiennent, la valeur. Suivant un calcul de M. de Humboldt, toute consi-dérable que soit la quantité d’argent tirée des mines d’Amérique depuistrois siècles, elle égale à peine en poids la moitié de la quantité de fer quel’on lire chaque année des mines de France seulement; quantité qu’onévalue à 225 millions de kilogrammes, et qui est destinée à s’augmenterbeaucoup.
Cette difficulté, ces frais (qui sont un mal en ce qu’ils privent beaucoupd’entre nous, dans bien des cas, de l’usage des métaux précieux commeustensiles et comme meubles) n’ont aucun inconvénient dans l’usage quenous en faisons comme monnaie. Un éeu de 5 fr. ne nous servirait pasmieux, si, l’argent devenu plus commun, il fallait qu’il eût le double depoids pour avoir la même valeur. Au contraire, la rareté des métaux pré-cieux, en donnant une grande valeur à un petit objet, permet de trans-porter facilement, et conséquemment avec moins de frais, des valeursassez fortes d’un endroit à l’autre. Si l’argent ne valait pas plus que le fer,il faudrait, pour faire une emplette de 25 à 30 fr., porter avec soi un quintalde monnaie; ce qui serait fort incommode.
4° Enfin, un quatrième avantage des métaux précieux (qui n’est peut-être au surplus qu’une conséquence des trois autres) est que leur usagecomme monnaies, étant répandu sur tout notre globe, ils possèdent ausuprême degré ce mérite propre à la monnaie, qu’on est assuré, en lespossédant, d’avoir une marchandise à l'usage de tout le monde et qui con-viendra indubitablement à tous les producteurs dont on voudra acquérirles produits en quelque pays qu’ils habitent; tellement que si vous voulezdes châles de Cachemire, ou du thé de Chine, vous avez la certitude d’enpouvoir acheter en allant dans le Cachemire ou en Chine l’argent à la main.Avantage que Ton n’aurait pas en y transportant tout autre produit quipourrait: n’y être d’aucune utilité, ou seulement n’y être pas suffisammentapprécié, et dont, par conséquent, il serait possible qu’on ne pût se défairet. 25