20 LIVRE V. TRAVAUX ET FONCTIONS
détruite que créée, et n’ajoutant rien directement à la richessesociale, les travaux des médecins, des instituteurs, des ar-tistes, des ofliciers de morale, des fonctionnaires publics, eten général de toutes les classes de travailleurs dont l’indus-trie s’exerce immédiatement sur les hommes. Ce qui est dé-truit en même temps que produit, c’est le travail de ces in-dustrieux : il a, je l’ai dit, cela de commun avec celui des in-dustrieux de toutes les classes; mais, quant aux résultats deleur travail, quant aux facultés qu’il développe dans l’homme,ce sont là des richesses réelles, durables, transmissibles,échangeables, tout comme celles que d’autres classes de tra-vailleurs parviennent à attacher à des corps bruts, à la ma-tière inanimée. On peut même dire que ces richesses sontplus susceptibles de conservation et d’accroissement quecelles que nous parvenons à fixer dans la matière; car nousne pouvons user de celles-ci sans les détruire, ni les trans-mettre sans les perdre, tandis que les idées, les affections, lessentiments se perfectionnent par l’usage et s’accroissent parla communication.
Encore une fois, c’est donc limiter d’une manière très peuexacte le sens du mot producteur que de le restreindre auxseuls industriels dont l’activité s’épuise sur les choses, et dele refusera ceux qui travaillent sur les hommes, ou bien dedire que ceux-ci sont moins producteurs que les autres, queleurs produits sont moins susceptibles de se conserver, des’accumuler, d’ajouter à la masse de nos richesses. La seuledifférence réelle qu’il y ait entre ces deux grandes classes detravailleurs, c’est que les uns fixent dans les choses des uti-lités d’une certaine espèce, et les autres dans les hommesdes utilités d’une autre espèce; que les uns donnent aux chosesune multitude de formes, de figures, d’odeurs,de sons, de cou-leurs, de saveurs, et les autres aux hommes une multitude non