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LIVRE VI. CONDITIONS AUXQUELLES
ne sauraient lui tourner à profit : il ne travaillerait utilementni pour lui, ni pour les autres; car, soit dit sans scandaliserles moralistes à grands sentiments, il y a cela de très remar-quable, et je prie de le bien remarquer, que les entreprisesqui ne sont pas de nature à profiter à ceux qui les font, nepeuvent pas servir beaucoup plus à la société pour qui ellessont faites. Quand le public ne consent pas à acheter un pro-duit, c’est qu’il en sent faiblement le besoin. On lui donne-rait pour rien ce qu’il ne désire pas, qu’il n’en tirerait qu’unmédiocre avantage, et l’entreprise la plus philanthropique nevaut pas pour lui celle qui est dans l’ordre de ses besoins, etdont il consent à payer généreusement les frais : celle qui rap«porte le plus est en général celle dont il profite le mieux. End’autres termes, il n’y a guère que les travaux utiles à leursauteurs qui soient vraiment utiles à la société, comme il n’ya que ceux qui répondent aux besoins de la société qui soientvraiment profitables a ceux qui les entreprennent.
Il est donc indispensable, pour pouvoir produire, de savoird’abord ce que la société demande, ce qu’elle est en état eten disposition d’acheter. Il n’y a, dans chaque pays et hchaque époque, qu’une certaine nature et une certaine quan-tité de marchandises qui se puissent vendre. Tout ce qui s’yfait, hors de ces limites, s’y fait inutilement et peut être con-sidéré comme perdu. Allez publier des livres de scienceparmi des peuplades sauvages; créez de quoi vêtir plusieursmillions d’hommes dans un monde de quelques milliers d’ha-bitants , vous serez sûr, dans les deux cas, d’avoir gaspilléune partie de vos ressources, d’avoir fait des choses inutiles,et diminué la masse des richesses, au lieu de l’avoir accrue.
A la vérité, de ce qu’il faut s’accommoder aux besoins de lasociété, il ne s’ensuit pas qu’on doit s’en rendre esclave. Sil’on avait voulu s’asservir aveuglément à ses goûts, on ne lui