TOUTE INDUSTRIE PEUT ÊTRE LIBRE. 57
avec honneur et sûreté; car si je n’ai pas pris des précau-cautions suffisantes, si j’ai entrepris légèrement, si je me suismis dans la nécessité de vendre a perte, si je ne sers le pu-blic qu’en détruisant ma fortune et en nuisant à celle desproducteurs établis avant moi, il est clair qu’il eût été plussage et plus moral tout à la fois de ne pas entreprendre.
En général, ce qu’il faut surtout recommander aux entre-preneurs, c’est d’étudier l’état de l’offre, et de voir s’ils peu-vent réellement y introduire quelque amélioration. Il y a eneffet bien moins de gens qui se ruinent pour avoir mal choisile produit à faire, que pour n’avoir pas fait un calcul assezjuste du prix auquel il leur serait possible de le livrer. Il estpeu de produits qui ne soient bons à entreprendre, quandon peut les fournir à un prix tel qu’il soit presque impos-sible qu’ils ne trouvent pas des acheteurs. Mais c’est ce prixauquel on pourra produire qu’on ne prend pas assez la peined’étudier. Si, dans bien des cas, l’on met peu de soin à s’in-struire de l’état des besoins, on en met encore moins à re-chercher les bons moyens de les satisfaire, et rien n’est com-parable à la légèreté avec laquelle les plans les moins rai-sonnables sont fréquemment adoptés. C’est principalementà ce peu d’attention qu’on apporte à l’étude et au choix desmoyens d’exécution qu’il faut attribuer la chute de tant d’en-treprises, dans le cours desquelles il se fait une si grandedéperdition de forces, et dont la ruine finale est accompagnéede tant de souffrances pour la société.
Après les deux genres de capacité nécessaires pour appré-cier convenablement l’objet et les moyens d’une entreprise,l’art de la dirigef est un autre talent faisant également partiedu génie des affaires, et qui n’est pas moins indispensableque les deux autres au succès de toute espèce d’industrie.
Ce moyen se distingue parfaitement de ceux que je viens