194 LIVRE VIII, ÇH. III. DE LA LIBERTÉ
pour parler de travaux d’un autre ordre, des arts qui agissentsurl'homme et non de ceux qui épuisent leur action sur lamatière, c’est ainsi qu’un médecin ou un chirurgien de pro-vince* par exemple, fait venir ses livres et ses instruments deParis, et administre à ses malades des drogues qui ont étéquelquefois réunies dès points du globe les plus séparés.
Sans l’intervention du voiturage, nul travailleur ne pour-rait vivre, alors même qu’il lui serait possible d’exercer sonart; car, chaque travailleur ne créant ordinairement qu’unesorte de produits, et en consommant d’une multitude d’es-pèces , il est clair que chacun resterait privé de tous ceuxqui lui manquent, si l’art des transports, en les rapprochantde lui, ne lui offrait les moyens de les échanger contre ceuxqu’il crée. La nécessité de l’industrie voiturière est donc en-core une conséquence forcée de la séparation des métiers, etde la nécessité de rapprocher de chaque travailleur ce qu’unemultitude d’autres travailleurs produisent.
Le voiturage commence par seconder toutes les industries,en rapprochant d’elles tout ce que demande leur travail ; etil complète ensuite les produits de chacune, en mettant cesproduits à la portée de quiconque en a besoin. Il conduitau marché les produits de chaque travailleur, et lui rapportetoutes les choses que réclament l’entretien de sa maison etcelui de sa fabrique. Il est également indispensable pour lacréation et pour le débit de tous les produits.
Il y a une autre manière de sentir l’importance de l’indus-trie voiturière : c’est de considérer tout ce qu’elle peut don-ner de valeur aux choses et aux hommes en les déplaçant àpropos.
Que valent les meilleures choses, lù où elles sont dans uneextrême abondance, et combien n’acquièrent-elles pas deprix en passant des lieux où elles surabondent dans ceux où