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LIVRE VIII, CH. III. DE LA LIBERTÉ
homme c’est un homme meslê (*). » Il veut dire sans douteun homme qui s’est beaucoup mêlé aux autres.
Or, le propre de l’industrie voiturière ést de mêler beau-coup les hommes, de les remuer beaucoup, et en les mettantcontinuellement en rapport avec de nouveaux objets et denouveaux visages, de leur offrir des moyens d’instruction quimanquent aux populations et aux professions sédentaires. Leshommës que déplace l’art des transports voient alternative-ment des populations actives et des populations paresseuses;ils en voient de fastueuses et d’économes, de soigneuses etde négligentes ; ils peuvent remarquer dans l’état matériel deslieux que ces populations habitent, les effets différents de cesmœurs différentes. Partout où régnent l’activité et l’économieils aperçoivent le bien-être ; ils trouvent constamment la mi-sère aux lieux qu’habitent le faste et l’oisiveté; et ils reçoi-vent ainsi des faits les leçons de morale les plus propres àfaire sur leur esprit une impression utile et durable.
Ils n’ont pas moins d’occasions d’observer l’effet des bon-nes habitudes publiques qué des bonnes habitudes privées.Ils visitent tour à tour des peuples bien policés et des peu-ples mal policés; des peuples chez qui règne la justice, et. d’autres peuples chez qui domine la violence. Ils sont d’au-tant plus excités à observer cette partie de leurs mœurs qu’ilsen sont personnellement plus affectés. Ils trouvent, chez lesuns, sûreté dans les relations ét facitité pour l’exercice detous les travaux ; chez les autres, dangers et entraves de touteespèce; et l’expérience qu’ils font ainsi continuellement del’effet des bonnes et des mauvaises habitudes civiles est sû-rement l’une des choses les plus faites pour leur démontrerl’utilité et leur inspirer la passion de la justice.
Essais , liv. III, di. 8.